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Articles d'Anso Atlantique 2015 Voyages

Notre pire navigation (jusqu’à présent)

Marre, marre, marre ! J’ai envie de pleurer, de ramper sous la couette et d’attendre que ça passe. Mais je ne peux pas.

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Tout a commencé au départ de Cap Cod. Il faisait moche. La brume perlait sur le roof une humidité frissonnante. La visibilité était réduite, autant pour les baleines. Le vent annoncé n’honorait pas son rendez-vous. Le moteur bourdonnait dans la cabine. Tout ce qu’on aime.

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Mais enfin, la vie suivait son cours à l’intérieur. Pâte à modeler, dessins, histoires et chansons, le marathon des activités avait commencé. Les filles jouaient avec entrain. Le soir venu, Guillaume veillait vaillamment une nuit sans souci.

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Le lendemain, le brouillard enveloppe Oleo. Dense, intense. De temps en temps, il se retire puis se referme sur le bateau, comme une respiration. On est dans le ventre de la baleine, aveuglés.

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Le radar remplace nos yeux. Il sonne sans arrêt. Nous suivons sur l’écran la trace des échos qui s’écartent d’Oleo. Nos peurs dessinent des ombres fantastiques dans la brume.

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De loin en loin, on croise un casier, la plaie des plaisanciers. Nous sommes pourtant à une journée de toute terre et par plus de 100m de fond. A leur décharge, ces pièges sont équipés d’un réflecteur radar, ce qui nous permet de les « voir » sur notre écran.

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Axelle s’est brûlée sur le poêle. C’était certain. Une trace rouge sur la main, ce n’est rien, mais tout de même. Espérons qu’elle retienne la leçon.

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Le brouillard finit par se lever, comme si de rien n’était. Guillaume se prépare pour une nouvelle nuit sans histoire. C’est sans compter ces chers casiers. Vous a-t-on déjà dit à quel point on les déteste, on les abhorre, on les exècre ?

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Oleo entre dans un champ de casiers par nuit sans lune et houle formée. Le premier passe sous la coque sans dommage, le second s’y plaît. Rien à faire pour le déloger. Il est 3h du matin, sous le crachin nos pieds et nos mains sont gelées. On tente toutes les manœuvres, rien n’y fait.

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On finit par mettre l’annexe à l’eau, ce n’est pas une mince affaire. Le courant pousse Oleo retenu par le casier, la houle se brise dans la jupe, l’eau s’infiltre dans le cockpit. Cela fait, on peut tirer un bout sur un winch et hâler le bateau jusqu’au noeud qui relie le piège à ses flotteurs. On coupe et nous voici libérés. Ramener la bouée et son flotteur ne pose pas de difficulté. Une heure s’est écoulée.

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Néanmoins, il faut encore veiller constamment sur le pont pour éviter les autres casiers. A certains moments, il faut deux paires d’yeux pour repérer et éviter ces maudits pièges. On passe sur des bouts flottants jusqu’à 50m de leur bouée. Lorsque le soleil se lève, nos yeux brûlent sur les reflets étincelants.

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Dans le bateau, il fait 12°. On est crevés, mouillés, frigorifiés. On allume le poêle pour les petites qui se lèvent. Après le biberon, elles vont jouer tranquillement dans la couchette avant. On peut se concentrer sur la navigation.

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Les heures passent à veiller. On slalome entre les bouées et les bouts. Cela demande beaucoup de concentration d’autant qu’il y a du courant. On n’en peut plus. En désespoir de cause, Guillaume cherche un mouillage à proximité pour se reposer.

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A midi, on arrive sur la passe de Cape Negro Island. Ici aussi, c’est miné de casiers. Bien sûr, on s’en prend encore un. Marre, marre, marre ! J’ai envie de pleurer, de ramper sous la couette et d’attendre que ça passe. Mais je ne peux pas.

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Oleo finit par se libérer. Arrivés au mouillage, on jette l’ancre, des casiers devant, des casiers derrière. Et toujours pas de baleine à l’horizon.

 

13 réponses sur « Notre pire navigation (jusqu’à présent) »

La nav et la vie se ressemblent assez ; « les emmerdes en escadrilles ». Ce récit au sommet et celui du champ de mines du capitaine, sur le repère de la carte, illustrent à l’envie vos ressources, votre énergie ensemble… jusqu’à ne plus pouvoir prélever un homard de récompense si méritée…
Bonne fête des mères récupératrice à Anso demain et encore bravo à tous les deux pour les meilleurs et les pires !

Ce récit relate en effet un épisode peu agréable de notre périple, nous avons pris le parti de l’objectivité en racontant les joies et les peines. Heureusement la mémoire est sélective et malgré l’inconfort de la situation nous retenons le positif, le fait d’être arrivé à bon port d’une part et la beauté de cette nouvelle destination d’autre part ! Merci Shelburn et nos voisins de ponton de nous avoir été si agréable ! Il n’y a que ces fameux homards que nous n’avons pas encore goûtés mais cela viendra certainement un jour.

Grandeur et misère de la croisière à voile. Heureusement que la mémoire est sélective, comme tu dis si bien. Sinon, on ne se laisserait pas reprendre à la première occasion.

Les homards, c’est aux îles de la Madeleine qu’ils sont les meilleurs. Ça vaut le détour, comme on dit ici.

Pour vous réchauffer, retournez aux Bahamas en rêve avec le Capitaine Philippe 😉
Et bon dimanche!

Merci Philippe, malgré ces petits inconvénients nous apprécions énormément ton pays, les gens y sont si accueillants ! On espère que la météo et le temps nous permettra de passer par les îles de la Madeleine. En attendant, désolé de ne pas t’avoir connu plus tôt, on aurait eu plein d’infos sur les Bahamas avant même d’y aller ! A très bientôt.

Bonjour à toute la petite famille,

nous venons de découvrir votre blog et en avons déjà fait le tour, déjà hâte à la suite 😉

Vous vous dirigez vers chez nous, nous habitons au Québec, à Trois-Rivières…Je ne connais pas votre destination mais si vous passez par ici faites nous signe!

Nous prévoyons partir avant l’hiver nous aussi (si on peut finir par trouver notre voilier)

Bon vent et aux plaisirs de se croiser sur ce tapis bleu 😉

Joane et Michaël

Joane et Michaël bonjour ! Bonne préparation pour votre voyage, si vous avez un blog on est preneur. Le St Laurent n’est pas au programme cette année, on devrait parcourir la côte Ouest de Terre-Neuve puis le Labrador et de là… se rendre au Groenland si la météo le permet. Vous pouvez consulter à tout moment notre map pour savoir où on est, si vous êtes dans le coin on sera ravis de vous croiser ! Bon vent et à bientôt.

Ah ces put… de casiers…. A croire que les pécheurs retoublent d’inventivité pour les rendre encore plus pénible pour les plaisanciers.
Belle leçon de courage et de détermination d’être sortie indème de ça, il arrive malheureusement que ça finisse avec une avarie serieuse.
Profitez bien de votre repos bien mérité.
Bonne fête à Anne-So (légèrement en retard).
Gorsse bises à vous 4 (et une bonne claque sur le franc bord d’Oléo qui vous porte vaillement depuis 1 an dans les bons moments comme dans les galères)

Merci Xavier, Oleo en particulier est très touché, son franc bord est tout rouge. Et oui, on ne comprends pas ce qui passe par la tête des pêcheurs quand ils conçoivent ces casiers… quand on s’en prend un ils risquent eux aussi de le perdre et de passer un sale moment à récupérer la cage qu’il y a dessous, ils ont tout intérêt à ne pas laisser traîner 50m de bout flottant. L’ironie de la situation, c’est que dans cette région du monde ils sont super sympa les péchous… bon vent à toi si tu as l’occasion de naviguer !

Bonjour Anso et Guillaume,
lors de votre passage à St Pierre et Miquelon, je vous recommande de prendre contact avec la famille Menu à partir de leur site
http://www.passionsmenu.com
Ce sont des navigateurs qui ont fait souche à St Pierre en arrivant avec leur voilier Sterne 3, un As de Carreau, dériveur de 10 m en acier construit par eux-mêmes.
C’est un voilier à coque rouge.
Ils connaissent mon site et mon roman.
Bonne navigation dans les brumes du courant du Labrador.
Amicalement,
Régis

Bonjour Régis et merci pour cette recommandation. Il y a peu de chance malheureusement que nous passions par St Pierre car nous sommes déjà en retard et la météo ne veut pas nous laisser sortir d’Halifax. Il faut qu’on arrive dans la glace à la bonne saison au risque de devoir faire le trajet vers la France avec les dépressions. Cependant nous retenons le site de Passions Menu (dont le style nous fait un peu penser à Banick) qu’on ne manquera pas de parcourir ! Amitiés et à bientôt, raconte-nous aussi tes navigations !

Salut Oleo,
Votre remontée des USA est impressionnante !
Allez, courage ! Ces « lobster pots » sont déconcertants, mais vous verrez on s’y habitue, jusqu’à même ne plus y prendre garde (sauf au moteur…). Il vont vous accompagner un bon moment si vous remontez jusqu’à St Pierre et Miquelon, car c’est la pleine saison du homard en Nouvelle Ecosse ! Dans le Maine, n’hésitez pas à passer par les îles de l’extérieur : Ragged Island, Frenchboro…et les spots mythiques comme la plage de Roque island (un peu frisquet encore). Au Canada je suis sûr que vous allez adorer les villages acadiens : notre meilleur souvenir est Pubnico, où l’accueil des habitants est juste exceptionnel et l’attrait culturel immense !
En tout cas, on vous souhaite une belle balade dans ces jolis coins. Quel est votre programme pour la suite ?
François

Bonjour François, bonjour à toute la famille… alors alors, cette transat, comment ça s’est passé ? On ne manquera pas de vous demander des détails par mail perso. A l’heure actuelle nous sommes à Halifax, on a manqué le Maine, la baie de Fundy et plein de petits villages de nouvelle écosse dans notre précipitation vers le nord, mais c’est incontestablement une région que nous souhaiterions parcourir avec davantage de temps. On a encore quelques villages acadiens sur notre route, nous y ferons très certainement escale. On a hâte de voir les glaçons et depuis qu’on a parlé des ours blancs à Charlie elle veut absolument en voir… j’espère que ce voeux s’exaucera de pas trop près quand même. A très bientôt !

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