Frugalisme, un nouveau régime ?

Le voilier de voyage dispose d’un autre atout majeur en faveur de la déconsommation et du frugalisme, à savoir un budget courant souvent limité faute d’un travail rémunérateur généralement incompatible avec le nomadisme. Certains arrivent à combiner voyage et travail salarié, mais ils semblent peu nombreux.

Par ailleurs, en voyage, il n’est pas toujours aisé de trouver un magasin à proximité du mouillage ou du port, encore moins en pleine mer, ce qui limite mécaniquement, si j’ose dire, les folies compulsives et l’ensemble des achats, même les plus importants, s’ils ne se présentent pas au bon moment.

Tant pis si vous êtes à court de paracématol pendant une navigation, vous apprendrez à tenir à jour votre pharmacie et à anticiper à chaque escale les courses les plus vitales. Vous pourrez aussi en profiter pour vous faire la main sur l’utilisation des huiles essentielles que vous aurez pris soin d’emmener (avec un guide de 350 pages) ou vous aurez à portée de main un pot de baume du tigre.

De plus, un voilier coûte relativement cher à l’achat, certes, mais aussi à l’entretien. Tout dépend du capitaine, mais certains d’entre eux allouent un budget conséquent à l’accastillage, outillage, carénage, électronique de bord et autres ,au détriment du superflu comme la nourriture, les habits et bien sûr les frais de port…

Comme on peut le constater, un voilier de voyage est un magnifique terrain de jeu ou d’expérimentation des tendances écolo. Si c’est bon pour nous et la planète, que demande le peuple ? Allez, on fonce !

Développement durable à la voile

Vivre en voilier de voyage vous confronte chaque jour à l’impact néfaste de l’homme sur son environnement. Le plastique jonche nos plages. Les ancres se coincent de temps en temps dans les détritus déposés sur les fonds. Les côtes du Groenland sont accessibles et libres de glace de plus en plus tôt dans la saison. Votre ligne de pêche s’emmêle dans les nappes de sargasse et vous croisez parfois de drôles d’OFNI sur votre route.

Ces constats ne peuvent que vous inciter à réduire votre impact le plus possible pour ne pas accroître le désastre.

Une des caractéristiques d’un voilier est de rejeter ses eaux grises (vaisselle, douche, lessive), et noires (toilettes), en pleine mer. Il est donc particulièrement important de n’utiliser à bord que des produits écologiques, non polluants pour l’environnement.

Vous serez donc amenés à devenir des experts de l’utilisation du bicarbonate de soude et du vinaigre blanc et de toute sorte d’ingrédients magiques pour réaliser des produits d’entretien et d’hygiène respectueux de leur environnement.

Par ailleurs, côté énergie, les voiliers consomment un peu de gasoil, c’est vrai. Mais pour le reste, ils utilisent en général le vent et le soleil. Ces sources d’énergie n’étant pas linéaires, une politique d’économie est souvent mise en pratique à bord. Je vous défie de trouver beaucoup de maisons équipées de pompes à pied pour économiser l’eau douce !

Les Low-tech ont ici tout leur sens puisqu’ils permettront d’utiliser des technologies plus économes, simples d’entretien et de réparation par des non spécialistes. Par exemple, un poêle Reflex pour le chauffage fonctionnant sans électricité, une éolienne pour fournir de l’énergie, un moulin à café mécanique, etc.

Frugalisme, un nouveau régime ? au prochain épisode.

Zéro déchet en voilier par nécessité

A terre, se débarrasser de ses détritus ou de son surplus est un peu trop facile : ramassage des ordures hebdomadaire, déchetterie, tout à l’égout, Le bon coin ou Emmaüs par exemple.

Sur un bateau, la situation est différente. Les poubelles doivent être stockées puis débarquées à l’escale, ce qui crée des contraintes d’encombrement et d’odeur, surtout sous les tropiques. Essayez de conserver dans votre chambre les poubelles de couches de votre bébé pendant 17 jours par 30 degrés, vous imaginerez l’état de vos narines à la fin de la transat ! D’où l’intérêt des couches lavables soit-dit en passant…

De plus, dans certains pays, l’enlèvement des poubelles est payant et réserver quelques surprises. Il est donc intéressant de minimiser ses déchets autant que sa consommation !

Vous allez pouvoir faire preuve d’une imagination et d’une créativité infinie pour réduire vos déchets. Les DIY et le Hand made n’auront plus de secret pour vous ! Pour cela, vous aurez besoin d’une bonne machine à coudre pour les lingettes réutilisables, sacs à vrac, mouchoirs en coton, serviettes de table, essuie-tout lavable et autres furoshiki.

Vous concocterez des recettes de déodorant au bicarbonate, de lessive au savon de Marseille, de détergent au vinaigre blanc, de crème hydratante au beurre de karité et de dentifrice à l’argile. Vous apprivoiserez la curette d’oreille ou oriculi et la bonne vieille brosse à vaisselle. Vous apprendrez à tisser des éponges tawashi avec de vieilles chaussettes et vous réutiliserez le tissu de vos anciens habits pour coudre des sacs et des patchworks.

L’idée, dans tout cela, étant bien entendu, d’éviter à tout prix de remplir vos poubelles avec des produits à usage unique, des flacons et autres contenants en plastique notamment.

Dans les cas les plus extrêmes, vous pourrez même tester le papier hygiénique lavable. Néanmoins, j’espère que dans ce cas vous avez à bord un lave-linge (si, si, ce n’est pas incompatible avec le voilier grâce aux panneaux solaires et dessalinisateur…). Même chose pour les couches lavables.

Développement durable à la voile au prochain épisode.

Et si on était des survivalistes qui s’ignorent ?

Pour moi et en toute ignorance, les survivalistes représentent une sorte d’homme des bois qui accumule dans des bunkers souterrains bidons d’essence, piles électriques et boites de conserves en prévision d’une troisième guerre mondiale. Mais à bien y réfléchir, la vie en voilier de voyage fait peut-être de nous des survivalistes qui s’ignorent.

En effet, il est un poste où le minimalisme n’a pas sa place sur un voilier. Il s’agit des outils et matériel participant à la survie. Il faut en effet se rappeler qu’un voilier navigue en milieu hostile pour l’être humain. Toutes choses permettant d’augmenter ses chances de survie sont donc prioritaires sur un bateau et prennent une place considérable.

Pêle-mêle, on y trouve les outils pour réparer le bateau en cas d’avarie, le matériel d’entretien du moteur et des parties névralgiques du voilier, l’équipement de secours et d’urgence, les moyens de communication, les réserves d’eau douce et de gasoil, etc.

Un bon capitaine (et son équipage) doit donc savoir démonter son moteur, réparer toute avarie et se débrouiller en toute circonstance avec les moyens du bord !

A ce titre, les matelots apprennent aussi à manier la canne à pêche ou plutôt la ligne de traîne, à ramasser les coquillages comestibles et, pourquoi pas, à cueillir les algues pour agrémenter l’ordinaire. Bon, on est loin de l’autonomie alimentaire, mais il faut un début à tout !

Passons donc ces quelques entorses aux principes minimalistes et conservons sur un voilier de voyage des pièces de rechanges, du matériel et des stocks de provision en cas de problème. Si l’apocalypse survient, les nomades des mers s’en tireront peut-être plutôt bien !

Zéro déchet en voilier par nécessité au prochain épisode.

Le minimalisme en voilier

On peut dire, avec une marge d’erreur limitée, qu’un voilier dispose de moins de volume habitable qu’une maison ou un appartement. Par conséquent, passer d’un habitat traditionnel à un bateau nécessite un arbitrage minutieux concernant les affaires qu’on y amène. Et même sur un super yacht, une démarche minimaliste est possible !

Mais en plus de l’espace limité, le voilier comporte aussi une problématique de poids des objets et de leur plus ou moins grande fragilité, pour ne pas tout casser au premier coup de roulis ou se faire assommer dans le même temps. Le capitaine aura également toujours tendance à vouloir alléger son navire pour de meilleures performances à la voile et organisera les rangements en dépit du bon sens pour une répartition optimale des poids dans le bateau.

Par conséquent, avant de vous installer dans votre voilier, vous aller devoir pratiquer avec intensité la méthode KonMari ou pour le moins trier, donner, jeter, retrier, redonner, rejeter jusqu’à ne conserver que la substantifique moelle de vos affaires. Ne pleurez pas, c’est pour votre bien.

Cette étape peut vous faire gravement culpabiliser d’avoir tant accumulé de choses bassement matérielles, mais vous allégerez votre conscience en faisant scrupuleusement attention à respecter les consignes de recyclages, en optimisant vos ressources en vendant ce qui peut l’être ou en faisant don à des associations méritantes.

Bien vite, vous serez des minimalistes accomplis dont la garde robe toute saison tient sur une seule étagère ou un tout petit équipet que vous aura laissé généreusement votre capitaine avec force soupirs. J’exclus des vêtements le ciré de navigation et gilet de sauvetage qui, à eux seuls, nécessitent une penderie dédiée, survivalisme oblige…

Et si on était des survivalistes qui s’ignorent ? au prochain épisode.

Un bateau tendance écolo ?

Dans la perspective de plus en plus proche d’un nouveau voyage au long cours, serons-nous à la pointe de la tendance en matière d’éco-responsabilité à bord de notre voilier ? Et vous ?

Il faut l’avouer, la vie à terre présente de très nombreuses tentations pas très écolos, surtout pour une famille avec enfants, ces petits êtres faits de frustrations intenses devant les velléités de déconsommation de leurs parents…

Déconsommation largement dictée par l’achat onéreux d’un bateau et tout ce qui s’ensuit : place de port, travaux, entretien et gadgets du capitaine qui échappent au crible du BISOU, la méthode pour sauver la planète et son compte en banque (oui, oui !). Avec cette méthode, chaque achat devient suffisamment pénible pour qu’on y renonce spontanément, ce qui effectivement fait du bien au portefeuille.

Imaginez que vous passez devant une boulangerie et que l’attrait d’un croissant tout chaud se fait sentir. Résistez à l’envie d’entrer et de mordre sans plus attendre dans la viennoiserie, prenez d’abord le temps de vous interroger sur le Besoin réel auquel cet achat va répondre : vous rassasier ou vous faire plaisir ? Ensuite, demandez vous si ce besoin doit être satisfait dans l’Instant : pouvez vous attendre quelques jours avant de vous offrir ce croissant ? Prenez le temps de savoir si vous avez déjà un produit Semblable qui répond à ce besoin, par exemple une baguette achetée le matin même. Reste à vérifier l’Origine dudit croissant, biologique par exemple, et s’il vous est réellement Utile pour combler un besoin primordial.

Vous verrez bien vite qu’avec cette méthode tout en un, le croissant restera sur les étals de la boulangerie, vous économiserez et vos poignées d’amour s’estomperont.

Vivre et voyager à bord d’un voilier représente une chance extraordinaire de mettre en pratique l’art de la frugalité et de passer , enfin, de la théorie à une pratique intensive ! Vous croiserez en effet peu de boulangerie dans votre sillage…

Par ailleurs, un voilier présente certaines spécificités, d’aucuns diraient contraintes, qui favorisent la pratique d’une simplicité volontaire, … plus ou moins forcée. Néanmoins, lorsqu’on choisit ce mode de vie, il est généralement entendu qu’on adhère aussi à ce mode de pensée, appliqué de manière plus ou moins stricte.

Passons en revue les atouts d’un voilier pour nous aider à vivre (mieux) avec moins, en rejetant peu de déchets, dans une logique durable et responsable, avec un budget limité voire quasi inexistant, tout cela dans la bonne humeur !

Sans trop réfléchir, on peut citer :

  • l’espace restreint, disons même Minimaliste, d’un voilier.
  • Dans cet espace contraint, la place dédiée aux poubelles l’est encore plus et les possibilités de débarquer les ordures sont moins fréquentes qu’à terre, d’où une politique Zéro déchet (zéro odeur).
  • Le rejet des eaux sales en pleine mer, doit également faire réfléchir au produits qu’on y met. Une démarche Développement durable s’impose, de même pour les énergies utilisées qui utiliseront dans l’idéal les Low-tech.
  • La difficulté plus ou moins importante pour ravitailler (en annexe par gros temps par exemple) et l’éloignement des magasins, freinent drastiquement les achat compulsifs, encore plus que la méthode BISOU. On passe dans l’univers de la Déconsommation.
  • Par ailleurs, le budget de grand voyage, vraisemblablement limité par l’absence de travail salarié et le prix conséquent des marinas, aura raison de vos dernières velléités d’achat, c’est le Frugalisme.
  • Enfin, la vie dans un milieu aquatique dangereux pour les bipèdes, vous forcera à penser Survivalisme pour subsister dans des conditions difficiles et sans aide extérieure.

De là à dire que la vie en voilier est bonne pour l’avenir de l’humanité, il n’y a qu’un pas ! Franchissons-le et vogue la galère 😉

Minimalisme en voilier au prochain épisode….

La suite de l’aventure

Nous y réfléchissons. Nous y travaillons aussi, autant que faire se peut. Le retour à la vie à terre est un véritable enracinement. Les règles changent, s’imposent à nous. La notion du temps n’est plus la même, ici on prévoit des mois à l’avance, parfois des années, alors qu’en mer on s’adapte tous les jours à l’imprévisible, les plans évoluent en permanence.

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Le livre est disponible !

Chroniques à l'eau de mer : OLEO, le livre !Sans prétention, notre livre « Chroniques à l’eau de mer » vous fera revivre notre aventure. Vous y trouverez une version remaniée de nos articles et des informations supplémentaires, pour le plaisir des amateurs de voyage.

  • Titre : Chroniques à l’eau de mer
    Ou les tribulations d’une jeune famille sur l’océan.
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Pour qu’il soit accessible à tous, nous avons choisi un prix mini. Vive la puissance d’amazon, qui est capable de vendre des bouquins de 340 pages à l’unité pour moins de 10€ !

En résumé : « Oleo, petit voilier de dix mètres, navigue en dehors des sentiers battus. A son bord, deux fillettes (4 mois et 2 ans au départ) et leurs parents. Des Bahamas au Groenland, en passant par New-York, le Cap-Vert ou les îles Féroé, Anne-Sophie et Guillaume racontent leur périple sans tabou, avec son lot de galères, d’imprévus, de joies et d’émerveillements. ».

Bonne lecture et d’avance merci pour vos commentaires et avis !

Petit rappel de notre parcours

Ordinateur de bord pour 2018

Depuis notre retour, j’ai consacré beaucoup de temps à la veille technologique, sur la base du petit ordinateur utilisé pendant le voyage et des travaux réalisés en route. Ce composant économique, léger et peu consommateur possède de nombreux atouts pour les voyageurs, que j’ai essayé de rassembler dans une « box » accessible à tous.

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