A la Robinson

30 heures de navigation et nous voici presque arrivés à Raccoon Cay, petite île déserte des Bahamas. Oleo louvoie lentement entre les récifs coralliens, un gros requin noir nous fait une queue de poisson. Plus loin, une maman dauphin nous salue avec son petit.

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Le vent souffle et soufflera encore ces prochains jours. Nous nous abritons, sous le vent d’un îlot aride, dans une petite baie pourvue de plusieurs plages de sable mêlé de coquillages. Il n’y a pas âme qui vive, pas même un moustique. On est comme seuls au monde.

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Le matin, on débarque sur l’une des plages de l’île, vierge de toute trace. Nos pas s’impriment dans le sable blanc comme celui des premiers hommes. On observe des petits bernard-lhermites. On ramasse des coquillages que Charlie fait disparaître par magie. On visite les environs. L’après-midi, Guillaume travaille sur la vidéo. Les petites font la sieste puis jouent dans le cockpit avec des seaux d’eau. Le vent fraîchit, on s’habille un peu plus que d’habitude.

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Un jour, on s’enfonce dans les terres. Des broussailles, un lac salé. Quelques murets de pierres sèches témoignent d’un autre temps, un temps où les hommes étaient là. On nous observe. Sous les frondaisons, des chèvres farouches nous fixent. De loin en loin, on entend un bêlement, comme un sanglot dans le vent.

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Pas d’internet, pas de réseau, pas de télévision, pas de journaux, pas de civilisation. Rien que la nature et les flots à perte de vue. La beauté sans artifice d’un monde sans homme. La paix, mais la solitude. Mon regard balaie notre île. Inconsciemment, je cherche une présence.

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Le vent souffle continuellement. On l’entend nuit et jour siffler, fredonner son air sans fin. Oleo glisse d’un endroit à l’autre au son de cette musique. Guillaume place deux ancres pour affourcher. Si cela complique les manoeuvres au départ comme à l’arrivée, la tenue du bateau en est rendue plus agréable. Poussée par le vent, l’eau fuit sous la coque, en rides d’azur, marquée par le temps. L’endroit me rend mélancolique.

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Un matin, un bateau de voyage rouge est ancré près de nous. Ce sont des américains venus de Floride. On les salue avant d’atteindre la plage. L’eau est aussi limpide que l’air, il suffit de plonger les yeux dedans pour tout voir alentour, des étoiles de mer, des poissons, des raies. Curieuse, l’une d’entre elles, toute noire, approche à deux mètres du rivage. Les jours filent comme le sable entre nos doigts, il est temps de partir.

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Plus loin, sur l’île de Bonavista Cay, il y a une maison. Edward, son occupant, nous appelle à la VHF dès notre arrivée. Nous lui rendons visite ainsi qu’à ses trois moutons, ses poules, ses canards, ses paons et son chien. Les petites sont ravies de l’oeuf, tout frais pondu, qu’il leur offre à chacune. Axelle court après les moutons, Charlie caresse un petit poussin dans la main de notre hôte.

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Le Robinson, c’est lui. Il nous raconte un peu sa vie solitaire sur l’île, sans électricité, avec la seule eau de pluie comme ressource. Dire qu’il n’a pas plu ici depuis trois mois déjà. Même s’il vit en ermite, il aime les contacts. Un bateau le ravitaille régulièrement et il rencontre des voiliers de passage pendant la bonne saison. Il a aussi bourlingué. Il est même venu en Espagne pour une exposition universelle dans les années 80 ou 90, construire un petit bateau typique des Bahamas et représenter son pays.

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Avec ses oeufs, Charlie m’aide à préparer un gâteau marbré. Le lendemain, on en apporte une part à Edward et aussi à David, un américain de Jacksonville qui vit sur l’autre bateau du mouillage. Cela fait 17 ans qu’il vient aux Bahamas. Il nous prête un guide des poissons des caraïbes qu’on s’empresse de photographier.

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Il faut dire qu’on aimerait bien pêcher et surtout manger du poisson frais. Depuis un mois, on vit sur nos réserves. On n’a pas vu un fruit ou un légume frais depuis des jours et je ne parle même pas de la viande dont on a oublié jusqu’au goût. A cause de la ciguaterra, on n’a pas osé pêcher aux Antilles mais avec un guide, on tentera notre chance.

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