Valentia, Inishbofin, Clifden

Avant de quitter Valentia, Paul me propose d’aller voir les traces fossilisées du « Tetrapod » qui est passé par là il y a 385 millions d’années, du temps où ni Valentia, ni l’Irlande étaient des îles. Le site est intéressant.

Une autre particularité de Valentia est d’être le point de départ du premier câble destiné à traverser l’atlantique, dont on peut voir un morceau dans la salle « wifi » du book shop.

Bref, ce 6 août au matin je me prépare sans me presser car les courants favorables aux îles Blasket sont prévus pour environ 14h00. A 11h00, Oléo est plaqué au quai par le courant et je dois manoeuvrer pour éviter de toucher mes voisins avant et arrière, ce qui fut fait avec l’aide de Paul, un départ un peu à la va-vite dont je ne suis pas super fier, mais bon, c’est le métier qui rentre.

Après une semaine de repos, j’ai un peu de difficulté à retrouver le rythme de la vie sur un bateau en route, mais je suis content d’être en mer. Le trajet jusqu’aux îles Blasket se passe bien sauf un petit coup de vent qui m’oblige à hisser la trinquette que j’avais heureusement préparée.

Les îles Blasket semblent agréables, elles sont peuplées de nombreux oiseaux. Le vent étant plutôt modéré et favorable à la visite de l’île principale « Great Blasket », on y trouve quelques bateaux au mouillage.

Après avoir contourné « Sybil point » à l’extrème Sud-Ouest de l’Irlande, devant la baie de Smerwick, je recalcule ma route pour m’apercevoir que je suis trop en avance. A ce rythme là, j’arrive aux îles d’Aran dans la nuit. Je décide de me dérouter sur Inishbofin non sans avoir étudié ce mouillage.

Les longues traversées offrent souvent une succession d’émotions fortes et contradictoires. Cette nuit là, après une bonne moyenne de 6,5 noeuds, le vent tombe en soirée, laissant Oléo à la merci des vagues escarpées du grand large. La pétole dans de mauvaises vagues est une expérience horrible. Le gréement subit des chocs importants, les voiles s’usent à force d’être baladées, le génois frappe les barres de flèche, à chaque basculement les écoutes tirent violemment sur les rollers dont le bruit dû au jeu devient insupportable. Je bloque la bôme grâce à son frein, ce qui évite cet horrible balancier qui fait rugir le vit de mulet et se balader le palan d’écoute de grand voile. Mais à partir de ce moment les lattes de la voile souffrent car le roulis balade le mât de babord à tribord, la voile s’oppose au mouvement en vain, générant une forte tension au niveau des coulisseaux et des haubans. Bref, sans parler de ce mouvement qui me désequilibre en permanence, c’est l’enfer ! Je marque sur mon journal de bord : « Mise à la cape ! Raz le bol de la pétole ».

Puis quand le vent revient, le soulagement s’accompagne de la visite de dauphins sauteurs qui, deux par deux, s’amusent à faire de grands bonds. Les vagues se calment et deviennent plus régulières, un vent stable fait avancer le voilier en silence et l’instant devient magique avec mes compagnons de route qui tournent autour du bateau.

J’ai plutôt bien dormi cette nuit, par périodes de 20 minutes. J’arrive à Inishbofin tout doucement, au lever du soleil. Comme j’ai encore un peu de vent et que tout est calme, je trouve dommage de m’arrêter tout de suite et décide de virer de bord pour visiter les parages.

L’endroit est quasi désert, montagneux et plein d’îles. Je passe devant la baie de Cleggan puis de Ballynakill à l’Est, qui doivent être de beaux abris. Puis je met le cap au Nord direction Inishturk, une grosse île très rocailleuse et pas très accueillante. Killary Harbour à l’Est de Inishturk est l’unique fiord Irlandais, il doit être fabuleux mais je ne m’y engage pas car il est long, je n’ai pas le vent qu’il faut pour en sortir.

Avec cette petite brise et une mer aussi calme, se balader dans le coin est très agréable. Il fait plutôt bon, pourquoi ne pas mouiller l’ancre au bord d’une petite île deserte pour y pique-niquer ? Mais le coeur n’y est pas. J’aurais surtout envie en ce moment d’avoir mon équipière préférée ou un équipage avec qui partager ce moment, ou au moins de quoi pouvoir téléphoner car depuis les Blaskets le réseau ne marche plus du tout : ni météo, ni personne à qui parler.

Je retourne à Inisbofin avec un très faible vent qui me stabilise à 2,5 noeuds. Voiles en ciseaux, je déploie la ligne de traine et ne tarde pas à en sortir trois beaux maquereaux. Avec d’infinies précautions j’entre dans le mouillage sud de Inishbofin, car nous sommes à marée basse par fort coefficient et les récifs y sont nombreux. Tout se passe bien.

Au mouillage, les plaisanciers m’accueillent avec chaleur, mais j’ai été déçu de la visite de l’île et de son Pub. J’espérais y trouver de quoi mettre à jour mes données météo et prévenir mes proches que tout allait bien. Au bar, je ne suis pas accueilli du tout. Seuls les habitués ont droit à un sourire et un « Hi, how are you ». Je demande s’il ont le wifi, ils me disent que oui, mais celui-ci refuse la connexion. Deux heures durant je m’évertue à essayer de me connecter, sollicitant régulièrement le personnel du bar qui traite la question avec un maximum de passivité, préférant discuter avec les habitués ou flaner ailleurs.

Je retourne au bateau bredouille et énervé d’avoir déplié, gonflé et mis l’annexe à l’eau, ramé jusqu’à terre, bataillé pendant deux heures pour avoir internet ou au moins des données météo, perdu du temps, de l’argent et de l’énergie, tout cela pour rien.

Heureusement dans le bateau il fait bon vivre. Je décide de me consoler avec un bon dîner. Et je confirme que les maquereaux au barbecue sont succulents, la chair est tendre et excellente, la peau se détache toute seule. Accompagné de quelques champignons, d’épices et d’un citron, mon repas se déroule fort bien.

Inishbofin est un très bon abri naturel, qui doit être un véritable paradis pour les gens qui traversent la région par mauvais temps. Après une bonne nuit de repos je pars au petit matin, avec une météo de plus en plus incertaine. Le baromètre me confirme que l’anticyclone reste (trop) stable. Je peste contre l’ordinateur qui m’a perdu mes traces au démarrage du moteur (j’arriverai par la suite à les retrouver en bidouillant).

La mer est plutôt calme mais le vent ne vient pas. J’hésite entre me rendre à Cleggan ou à Clifden car je ne pourrai pas pousser plus loin. Faute de vent je démarre le moteur pour Cleggan et c’est là que Murfy intervient : 10 minutes plus tard j’ai un bon vent de Nord-Ouest, parfait pour me rendre à Clifden. Arrêt du moteur et déploiement du SPI.

Pour me rendre à Clifden je passe entre les îles avec un vent très faible. Je pousse un peu au moteur au début puis, une fois en sécurité au large, je laisse le génois et la GV me mener à Clifden à 1 ou 2 noeuds.

Et je profite d’une journée bien ensoleillée pour effectuer un nettoyage intégral : grosse lessive de tous mes habits sales depuis le début du voyage et bonne douche qui fut très agréable car, c’est un incroyable mais vrai, il fait très chaud, au point que même déshabillé je me mets à suer.

Mon arrivée à Clifden est un moment magique : mer plate, petit vent stable, je parcours la baie voiles en ciseaux à 2 ou 3 noeuds. A la jumelle j’aperçois des gens qui regardent ma progression. Un habitué du coin vient me souhaiter la bienvenue et me demander de me mettre sur une bouée visiteur malgré mon intention de mouiller l’ancre.

A Clifden, je me précipite au centre ville qui se trouve à 1h d’annexe et de marche. L’internet de mon premier bar ne fonctionne pas, tout comme à Inishbofin. Clifden est une ville charmante mais très visitée, il y a un nombre de touristes incroyable. Je me rabats sur une boutique qui vends des connexions internet limitées sous Mac avec clavier Qwerty, mais enfin j’ai la météo et de quoi prévenir que je suis en vie !

Je termine rapidement mon excursion par un « fish and chips », essaye sans trop y croire de téléphoner (petit rappel : depuis les Blaskets le réseau ne fonctionne absolument pas) et oh miracle, ça marche ! J’ai enfin mon équipière préférée au téléphone et ça me soulage.

Retour au bateau. Le mouillage de Clifden serait super s’il n’y avait pas de nombreuses petites vedettes dont les moteurs s’entendent à 10 km à la ronde, ni ce chantier doté de moultes marteaux piqueurs et engins destinés à creuser la roche, qui travaille depuis tôt le matin jusqu’à tard le soir. Avec impatience, j’attends qu’un vent favorable me permette de quitter la baie.

Ce n’est que le lendemain vers 14h00 que le vent se lève. Je quitte ma bouée qui il faut le reconnaître était bien pratique avec sa longue boucle, et part au moteur, vent dans le pif. Le baromètre ne cesse de monter, ce qui confirme l’anticyclone donc le beau temps avec vent faible, mais j’espère qu’il va s’arrêter un peu car cette pression va bien finir par alimenter une dépression. Me voilà donc parti, cap au Sud moyenant quelques bords pour sortir de la baie.

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6 réflexions au sujet de « Valentia, Inishbofin, Clifden »

  1. Guillaume Auteur de l’article

    Petit article posté en vitesse depuis Roundstone. Désolé pour les petites bourdes si j’en ai laissées, il se fait tard ici ! Amitiés à vous tous.

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  2. Anso

    Merci pour les nouvelles et les photos ! Avec un peu d’imagination, je m’y croirais presque avec toi ! Il faudra y retourner ensemble un de ces jours… Bisou

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  3. Anso

    Au fait, qu’est-ce que c’est qu’un Tetrapod exacetement ? Et que représentent les traces ? C’est un animal à trois pattes ?

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  4. Jean-François

    Salut Guillaume,
    Beau parcours, félicitations !
    Un petit commentaire : c’est pas un peu dur à avaler ces fameux « poisson et bateaux », ou alors est-ce le fourbe clavier qwerty qui transforme les ‘c’ en ‘s’ … :-))
    A+
    JF

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  5. Guillaume Auteur de l’article

    Merci pour ces commentaires, je répondrai dès que j’aurai du temps ;). Le temps se gâte un peu, il faut que je sécurise mon mouillage et que je me prépare à partir demain pour un endroit plus sûr. A bientôt !

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  6. Guillaume Auteur de l’article

    @anso : le « Tetrapod » est un animal qui rampe et nage, il ressemble à un gros lézard. On trouve plein d’infos en tapant « Tetrapod Valentia » dans google.
    @JF : merci, c’est corrigé, « ships » est devenu « chips ». Ça aurait été un peu coriace sinon 😉

    Info : ma ligne est sécurisée pour le coup de vent de demain matin. Si la météo se confirme, je pars pour Valentia que j’espère atteindre avant un coup de vent plus conséquent mardi prochain. Je pense me balader un peu dans le sud où j’ai des tas de bons plans de la part des habitués du coin en attendant une fenêtre météo favorable, avec un vent pas trop violent, pour rentrer en France. Je n’ai pas de nouvelles de Jaoul mais j’espère que ça se passe bien pour eux ! A très bientôt.

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