De Cherbourg à Carentan

Où mettre Oleo en septembre ? Rester à Cherbourg ou partir à Carentan ? Au tout dernier moment, l’envie de découvrir cette petite ville l’emporte. D’autant plus qu’accessoirement, je divise la facture par trois.

Parcours de Cherbourg à Carentan (trace OpenCPN)

Vent d’Est de 10 à 12 noeuds. Je paie ma place et pars précipitamment pour me retrouver devant le Raz de Barfleur juste après la renverse. « Ne reste pas trop près de la pointe de Barfleur, il y a beaucoup de courant ! » me dit-on. Mais quelle aubaine, j’adore le courant !

7 noeuds à la sortie de la grande rade. 8 noeuds à l’approche du cap Lévi. Puis je distingue une barrière blanche et franche ! A la jumelle on découvre une houle vive et désordonnée, certainement la rencontre de deux courants, accélérée et augmentée par les bas-fonds qui bordent le cap…

Oleo vogue sur un tapis roulant calme et laminaire. La barre blanche se rapproche. Ces quelques secondes de « calme avant la tempête » sont irréelles. Pétrifié par l’appréhension, je profite du spectacle, sereinement. Je veux saisir l’appareil photo mais il est trop loin et il n’est pas question de quitter le cockpit.

Soudain le voilier se met à gesticuler dans une houle abrupte. L’amplitude de ces mouvements m’impressionne au même titre que la stabilité du voilier dans un environnement aussi agité. On a l’impression d’être dans un ascenseur qui monte et descend sans cesse, dans un champ de mines mouvant. Point de gite, Oleo reste droit.

Le calme revient, le courant s’accélère, 9 noeuds. J’hésite à emprunter le passage au sud du banc de Saint-Pierre, réputé moins mouvementé qu’au Nord. Je choisis le Nord. Le courant se renforce encore au passage de la pointe de Barfleur, 12 noeuds, comme au Fromveur !

Aube sur la baie de Seine

Le problème, c’est que j’ai prévu une moyenne de 4 nœuds pour ce trajet. Malgré le ralentissement généré par un cap plus au Sud, ma vitesse reste soutenue jusqu’aux abords des îles Saint-Marcouf. A mon grand étonnement j’arrive devant la Baie du Grand Vey avant la pleine mer alors que c’est à la PM du lendemain que j’ai prévu de passer.

Malgré plusieurs coups de téléphone et de VHF, je n’arrive pas à contacter le port de Carentan ou l’écluse. Il se fait tard et je me vois mal emprunter le chenal de nuit avec le risque de me retrouver devant une écluse fermée. Oleo restera à l’extérieur. Je profite de ce temps libre pour entretenir le régulateur d’allure. Point de mouillage, je tourne en rond dans la rade de la Capelle.

A l’aube Oleo aborde tout doucement le Grand Vey. Je distingue le balisage et m’y approche. Un coup d’oeil au sondeur : 3m ! Bon, restons dans la zone balisée. Passage de la baie et du Chenal sans problème, c’est plus facile qu’à Morlaix. Oléo s’approche un peu trop près de l’écluse, à l’ouverture de la porte les courants l’expulsent. Je manœuvre rapidement pour me rétablir, j’ai eu chaud !

Carentan

L’écluse franchie, le calme et la tranquillité règnent. J’avance sur une étendue d’huile balisée par de grands arbres immobiles. Dans ce havre de paix, difficile d’imaginer qu’à quelques mètres en dessous passe une autoroute au vacarme assourdissant.

Port de Carentan

Oleo avance doucement. Il se dégage ici un parfum d’Aber-Wrac’h. J’admire les bateaux de ce port qui défilent à babord : de robustes voiliers conçus et équipés pour le voyage, tout ce que j’aime ! J’y reconnais Jaoul.

Port de Carentan

Puis j’amarre Oleo au ponton K. Mon voisin m’accueille en complimentant mon bateau et ma manœuvre, ça fait chaud au cœur. Pourtant j’ai tellement à apprendre encore. Ici, je me sens aussi insignifiant que stimulé ! Un gosse qui découvre Disney Land pour la première fois.

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