N’avez-vous jamais eu la boule au ventre à l’idée d’avoir un nombre toujours grandissant de problèmes ingrats à résoudre ? D’avoir tous les jours une mauvaise nouvelle supplémentaire à digérer ? L’envie de laisser tomber ou de tout casser, de mettre fin au surmenage, d’oublier les problèmes et les complications ? Quel paradoxe d’aborder ce genre de sujet alors que nous vivons un extraordinaire grand voyage !
A en croire nos photos de paysages merveilleux et de plages ensoleillées, « grand voyage » semble synonyme de « grandes vacances », il n’y a qu’à mettre les voiles pour aller s’amuser dans les îles. Cet article sans illustration est une petite parenthèse du côté immergée de l’iceberg, bienvenue dans la réalité des avaries à répétition, extrait de notre escale à Brest…
Avant même d’amarrer Oleo au port du Moulin Blanc nous savons que le temps nous manquera, qu’il faudra parer au plus urgent. Nous ignorons cependant à quel point cette satanée check-list stagnera et s’allongera. Au programme : gros avitaillement, changement d’annexe et de moteur hors-bord, réparation de l’ordinateur portable pro, gros achats pour compléter le matériel de bord, récupération du courrier et tâches administratives (exaspérantes) qui vont avec, check de l’hélice, rangement et équilibrage du bateau pour la traversée du golfe de Gascogne. Nous laissons tomber la révision du moteur, les travaux de couture, le gréement et une dizaine de tâches « secondaires » qu’on ne pourra pas aborder faute de temps.
L’annexe et son moteur sont commandés, les courses réalisées dans la foulée, bref, on s’active. Entre temps il faut bien s’occuper des petites, dormir, manger, faire la vaisselle et gérer le premier imprévu : le bac d’évacuation des eaux usées qui ne fonctionne plus.
Après avoir grillé trois fusibles nous nous rendons à l’évidence, il faut démonter ce truc afin de régler le problème. Pour ceux qui ne savent pas ce que c’est, le « bac de récupération des eaux usées » est un récipient dans lequel s’écoulent toutes les eaux des vaisselles graisseuses, des nettoyages de dents et autres activités réalisées avec les éviers et lavabos du bord. Au bout de plusieurs mois d’utilisation, une épaisse couche de dépôt gluant et puant s’est attaché aux paroies et à la pompe. Ajoutez à cela que notre boite est forcément située dans un recoin difficile d’accès, nécessitant de se contorsionner pour vider l’eau immonde, détacher la tuyauterie, retirer les fils électriques et extirper l’engin. Pendant ce temps il n’est plus question d’utiliser les éviers, la vaisselle doit se faire dans un seau à vider dans les toilettes. Deux journées perdues à tenter de trouver une solution pour bypasser ce système (envoi direct à la mer, sans succès) et à effectuer la réparation (pales de la pompe bloquées), qui fonctionnera trois jours et qui de nouveau tombera en panne (la pompe tourne dans le vide cette fois-ci), rebelote ! Démontage du système, installation d’une nouvelle pompe (très solide), installation d’un nouveau circuit électrique haute intensité (la pompe est puissante), remontage. Aujourd’hui, une semaine après, nouvelle panne, l’interrupteur à bascule qui active la pompe automatiquement quand le bac est plein tombe en panne. Raz le bol.
Entre temps de nombreuses heures sont perdues à tenter de redémarrer l’ordinateur qui me sert aux développements de mes clients, qui prennent inexorablement du retard. Ordinateur acheté à prix d’or afin d’avoir un outil fiable sans surprise… la marque « Clevo » n’est pas sérieuse, qu’on se le dise. Peine perdue, ça ne redémarre pas, le disque est HS. Je passerai trois jours à récupérer mes données bit à bit dans des conditions précaires : wifi branlant du port ou internet mobile très lent, il faut beaucoup de patience pour télécharger les outils (très lourds) nécessaires au bon fonctionnement de mon environnement de travail. Cette tâche qui prendrait 2 ou 3 heures dans des conditions normales nous font perdre énormément de temps.
Côté météo, les dépressions nous apportent des coups de vent et de la pluie, les seuls endroits à peu près stables de la baie sont isolés et n’offrent que des connexions limitées, nous n’avons pas d’autre choix que de patienter ou aller dilapider notre budget voyage dans des ports. Nos pauvres filles passent beaucoup de temps cantonnées dans le bateau.
Il faudrait entre temps échouer Oleo pour vérifier les anodes et l’hélice qui ont été maltraitées par le casier que nous nous sommes payés, installer une nouvelle pale à l’éolienne (pale cassée avec ma tête aux Scilly), changer les filtres du moteur et régler les culbuteurs, visiter la pompe à eau douce qui commencent à montrer des signes de faiblesse, régler de nombreux problèmes administratifs et j’en passe… la liste s’allonge.
Désolé pour cet article qui ne fait pas rêver. Il est cependant le témoignage qu’un grand voyage en mer est loin d’être un séjour touristique « all inclusive », nous réalisons qu’il doit se mériter à force de persévérance. Le soutien de nos proches est à ce titre plus important qu’on le pense.
Rassurons-nous, la majorité des équipages ayant bouclé un voyage autour du monde ont eu des problèmes parfois critiques à résoudre. En contrepartie des émotions extraordinaires qu’elle nous apporte, la mer peut s’avérer hostile et corrosive. Nos articles prennent du retard et les vidéos qui devaient être montées avec l’ordinateur en panne ne sont pas prêtes d’êtres publiées, mais on avance et l’aventure continue ! Bientôt nous reprendrons nos articles, en attentant la carte google est mise à jour à chaque escale.
19 réponses sur « Brest : l’envers du décors »
Eh ben ! Tous ces ennuis à régler en face du cimetière à bateaux ? Trop dur !
Enfin, la croisière reprend vers un climat plus clément.
Gros bisous à vous tous !
Bon courage les cousins. Je pense bien à vous.
j’ai navigué la semaine dernière en bretagne sud.
bises à tous les 4.
mathilde
Bonnes fin de vacances, ça a du être très sympa ! Bises
A côté du cimetière de bateaux militaires (énormes), on a trouvé un cimetière d’annexes (avec 2 épaves dans une petite mare). On a failli laisser notre vieille annexe mais on a pas trouvé le responsable… peut-être a-t-il été mangé par une baleine qui passait près de la côte (d’après le panneau « attention, passage de baleines » planté à cet endroit).
Le beau temps revient et nul doute que de meilleurs jours aussi se profilent pour Oléo et son équipage… bonne traversée vers l’Espagne en attendant de s’appeler. Bises à vous quatre. Nola.
Merci pour la franchise de ce « Revers du décor »; c’est important de témoigner que naviguer pour de vrai (au delà de qq dizaines de miles des cotes) nécessite une grande préparation et la capacité à résoudre tout Pb, souvent seul.
Si j’avais imaginé, lors de notre passage à votre bord, tes Pbs informatiques, je t’aurais fait un accès à l’ENSTA ou tu aurais pu rapidement télécharger tous ces logiciels et frameworks très lourds …
J’espère que vous avez pu profiter néanmoins de la paisibilité du refuge de Landévénec, puis de Sein.
Que les vents vous soient maintenant favorables, et les Pbs derrière vous; que l’aventure reprenne le dessus, Très cordialement B&C
Cet article permet en effet d’apprécier le temps et l’énergie qui doivent être consacrés aux opérations de réparation et de maintenance, sans quoi le bateau et la situation se dégrade au détriment de la pérennité du voyage.
Merci pour cette post-proposition concernant mes problèmes techniques informatiques, cependant j’avais encore l’espoir de récupérer l’ordinateur lors de votre passage, il n’était pas encore nécessaire d’effectuer ces gros téléchargements.
Nous avons en tout cas passé un excellent moment en votre compagnie, cela nous a fait beaucoup de bien de faire un pause (trop courte) avec vous pendant cette escale, entre deux travaux. Nous n’avons pas beaucoup profité de la région lors de notre passage au sud de Landévénec mais nous avons ajouté l’Aulne à la liste des rivières à refaire absolument lors de notre retour en France. La petite île de Terenez est géniale pour jouer avec les enfants. Bonnes navigations à vous deux et à notre prochaine rencontre à Brest ou plus au Nord !
OK Guillaume, au plaisir d’une nouvelle rencontre. Bonne progression vers le Sud, avec du vent, pas trop, et pas trop de houle qui serait fatigante pour équipage et bateau ! Tous nos voeux de réussite et de plaisir sur l’eau !
Très cordialement B&C
Courage ! Tenez bon, matelots !!
On est en Espagne, enfin ! Il semble que nos ennuis soient restés en France, en tout cas, nous n’avons pas eu de nouvelle catastrophe ces derniers jours… On croise les doigts et on essaie de réparer/réviser ce qui doit l’être. Biz
Les petits points dans la mer montrent que vous avancez bien et peut-être que vous serez à un mouillage le 1er septembre ! Cela fera du bien certainement et vous pourrez vous baigner dans une mer chaude ! bises, Nola.
Coucou, vu que le mauvais temps est venu avec nous en Espagne, la baignade n’est pas encore à l’ordre du jour, mais on espère très fort qu’un jour le soleil brillera pour nous aussi !
J’espère que vous ne garderez pas un trop mauvais souvenir de Brest malgré tout… En tout, nous avons passé un très bon moment à votre bord!
A très bientôt pour des nouvelles outre-gasgogne!
Bises à tous les 4
Coucou Marine. On a aussi passé de bons moments à Brest et dans la rade. On y a découvert des endroits agréables comme l’île de Terenez et rencontré des gens charmants 😉
Je vous suis par l’AIS et je suis contente de voir ce matin que vous arrivez en Espagne. J’espère que la traversée du golfe s’est bien passée et que vous trouverez un temps plus clément qu’actuellement en Normandie. Je pense bien à vous quatre.
A très bientôt
Bises à la petite famille
Bonjour Michèle, la traversée s’est bien passée dans l’ensemble mais j’étais assez contente d’arriver à La Corogne ! Le temps n’est pas celui qu’on espérait, mais il y a des chance que ça s’arrange, croisons les doigts. Biz
Un peu de mal de mer pour Charlie et des difficultés pour prendre du repos quand il faut aussi s’occuper des filles, mais à part cela je trouve que la traversée s’est très bien passée : vent toujours portant, aucun problème majeur, des dauphins, un souffle de baleine, la houle s’est même calmée à notre arrivée, bref, beaucoup de bonheur !
Oui, ce sont les aleas inhérents à chaque croisière, ce serait mieux sans effectivement, mais dites vous que pendant ce temps là certains tondent la pelouse, taillent les haies, repeignent les volets… Ceci dit pour vous aider à faire passer la pilule, le nez dans les tuyaux d’évacuation c’est pas super, quant à l’informatique ça m’a toujours donné des boutons, alors en mer ou au port, bonjour!
Je vois que vous êtes arrivés à La corogne, profitez de cette ville superbe et de la douceur de vivre galicienne, poulpos, empanadas etc… et ensuite les rias c’est que du bonheur.
Bonne route.
Alain.
Merci Alain. Finalement ce petit intermède nous rappel que tout se dégrade avec le temps dans un bateau et qu’avoir sur soi des pièces de rechange, de quoi réparer, du temps et du savoir-faire est absolument indispensable. Deux ou trois jours à la Corogne et nous partons visiter les rias qui ont l’air très protégées, nous sommes contents d’évoluer vers le Sud ! A très bientôt.