Vue de la terre

De bon matin, nous quittons le bateau pour rallier l’aéroport. Le train nous emmène à Belfast, puis le bus à Dublin pour notre vol. Guillaume nous laisse  au contrôle douanier. 15 mois que nous ne nous sommes pas quittés, ça fait un choc de le voir rester en arrière.

Je porte Axelle et deux sacs à dos, Charlie me tient la main. Bien sûr, à notre tour, il faut sortir Axelle du porte bébé, enlever le manteau des filles, vider le sac à dos des compotes et jus de fruits prévus pour le voyage, la tablette numérique aussi avec les passeports. La file d’attente s’allonge derrière moi.

Après le portique de sécurité, c’est la galère pour tout remettre sans que les petites s’éparpillent dans l’aérogare. Mais enfin, nous voici dans l’avion. Axelle sur mes genoux, un sac dans mes pieds, Charlie à côté. J’ai heureusement pour voisine une jeune maman compréhensive.

A Nantes, la chaleur étouffante nous accable à la sortie de l’avion. Nos corps ne sont plus habitués à ces températures. Après deux mois de navigation entre le Groenland et l’Irlande, en passant par l’Islande et les Féroé, nous avons l’impression de cuire.

Mais nous retrouvons la famille venue nous accueillir et ça, ça nous fait oublier tout le reste ! Au bout de plusieurs jours, une fois passé l’émerveillement des retrouvailles, on entre dans la phase de ré immersion dans notre monde moderne.

Éplucher le courrier administratif, appeler les impôts pour quelques détails coûteux, changer de forfait téléphone, organiser mon retour au travail, sont les moindres de nos soucis. La pièce maîtresse, la recherche d’un nouveau logement.

Monter un dossier de location sachant que l’essentiel de nos papiers sont en carton est une gageure. Expliquer aux agences immobilière sourcilleuses notre situation légèrement atypique du fait de notre voyage et la subséquente diminution de nos revenus ne l’est pas moins.

L’ ampleur des conséquences de notre retour se fait rapidement et douloureusement sentir. Quatre petits jours après notre atterrissage, Charlie et Axelle se réveillent une nuit pour vomir jusqu’à l’aube. La gastro sévit déjà alors que les filles n’avaient jamais été malades sur le bateau (mal de mer et dents mis à part).

Je renoue avec les amis au compte gouttes. J’aime faire durer le plaisir des retrouvailles. L’émotion d’entendre à nouveau des voix familières qui s’étaient tues depuis longtemps. Ça me ménage des intermèdes agréables entre deux visites d’appartement.

La réadaptation au confort moderne a été très rapide. L’espace, l’abondance,  la stabilité, la prévisibilité dans notre quotidien sont des luxes dont on peut se passer (et dont il faut savoir se passer), mais qui sont confortables à certains moments.

Enfin, Oleo et mon capitaine de mari sont en France. Pas encore avec nous, mais cela ne saurait tarder. Bientôt un logement, croisons les doigts. À suivre une école pour Charlie et une nounou pour Axelle. Le changement est peut-être plus difficile pour les petites.

Si elles adorent courir dans les jardins, découvrir la masse des jeux dans les maisons, manger dans des assiettes et prendre des bains tous les jours, je constate malheureusement que la qualité de leur sommeil s’est dégradée. Les repas aussi sont parfois pénibles. Elles réagissent mal aux perturbations de leur rythme et à mes absences temporaires. Et qui dit mauvais sommeil des enfants, dit mauvais sommeil des parents…

Cette période n’est heureusement que transitoire, avec ses bons et ses mauvais côtés. Espérons que celle qui lui suivra, sera aussi belle et exceptionnelle que celle qui l’a précédée.

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6 réflexions au sujet de « Vue de la terre »

  1. jérôme

    Ah le retour à la terre … moment de bonheur pour tout ce qui est partage et échange avec la famille et les autres pour poursuivre le voyage mais effectivement le retour à la réalité, à notre société de consommation et tous les petits « tracas »de la vie est un peu « brutal ».

    Courage, savoure cette belle expérience l’émotion du voyage sera toujours là même 10 ans après ! Les enfants ont un pouvoir d’adaptation surprenant ce n’est qu’une petite transition pour eux … rassure toi.

    Un beau moment d’échange se dessine pour vous en septembre si je me trompe pas sur LR … cela fait parti du voyage pour boucler la boucle et construire la suite.
    Bonne installation
    Jérôme

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    1. Guillaume

      Bonjour Jérôme. Encore une fois, dommage qu’on se soit manqués à Brest, j’aurais bien offert un verre à Jérôme, fidèle lecteur de notre blog ! Oui, ça fait bizarre de se retrouver à terre sans la perspective d’une nouvelle navigation puis d’une nouvelle escale… au bout de 3 jours à terre on avait envie de prendre la mer, là il va falloir rester plusieurs mois !

      Oleo est à LR en effet, on espère pouvoir échanger avec plein d’autres voyageurs, ça nous fera du bien de découvrir les projets des uns et des autres. Et comme tu dis, maintenant place à la suite, l’expérience de ce voyage autour de l’atlantique permettra de monter un nouveau projet en connaissance de cause !

      A très bientôt !
      Guillaume

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  2. François

    Sûrement pas facile la « reaclimatation » comme tu dis vrai entre l’essentiel à terre ou en mer !!!!! Heureusement la famille les amis ça fait un bien fou.
    Et surtout il y a les projets du futur qui donnent l’énergie pour ces quelques années à venir.
    Aller courage et à très vite.
    Bisous à tous
    Ps:bon salon les stars

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    1. Guillaume

      Salut François, bravo tu as résumé l’essentiel ! Profite bien de l’hiver aux USA, on va suivre Jonathan et sa flottille pour continuer à rêver. Quand aux stars… c’est pas comme si on revenait 1er du vendée-globe, Oleo est tout seul sur son ponton du Grand-Pavois, pour l’instant il ne se passe rien. Allez, bises à vous tous et à très bientôt !

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  3. Nathalie B

    plus que quelques jours avant l’ouverture du salon, ça va bouger! j’espère que toute la famille se réadaptera bien à la vie à terre. Les enfants ont une grande capacité d’adaptation. C’est plus difficile pour les adultes surtout lorsqu’on a le virus du voyage. Après 13 années passées dans 3 départements outremer je rêve à un nouveau départ (en voilier j’espère cette fois-ci!) à très bientôt

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    1. Guillaume

      En espérant que ce nouveau départ devienne réalité ! On sera très heureux de connaître vos expériences dans les DOM. A La Rochelle pour l’instant c’est calme, Oleo est tout seul sur son ponton avec son capitaine tout seul aussi… difficile d’imaginer que dans une semaine cet endroit grouillera de monde. Nous avons bien hâte de croiser des voyageurs et futurs voyageurs, de prendre connaissance de tous ces projets pour continuer à voyager !

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