Le Prince Christian Sound par Anso

Aujourd’hui, on joue aux explorateurs. Oleo s’en va dans un petit fjord près de Nanortalik tester le mouillage en eaux profondes et l’ancre file par 60 mètres de fond. On a l’impression de naviguer dans un lac des Alpes, au milieu des montagnes. C’est superbe.

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Après le déjeuner, on part tous les quatre en annexe récolter de l’eau douce. On vérifie soigneusement qu’il n’y ait pas d’ours polaire avant de débarquer près de la petite cascade avec nos jerricans.

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Puis, au ciseau à bois, on découpe quelques morceaux d’iceberg à faire fondre dans des seaux. On a l’impression d’être les rois du monde ! Cependant, remonter notre ancre pour retourner à Nanortalik n’est pas si évident. Une ancre de 16kg, 25m de chaîne et 150m de câblot, ça pèse…

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Pour être honnête, on a fuit le village pour une bonne raison : un paquebot de la ligne Rotterdam-Boston y déversait son millier de passagers aujourd’hui. Eh oui, même ici, il y a des touristes… pas souvent, c’est vrai. J’imagine qu’on nous considère aussi comme tel, même si nous préférons nous voir comme des voyageurs.

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A notre grande surprise, on constate que 5 autres voiliers sont dans le coin. Les 2 norvégiens et l’australien rencontrés à Black Tickle, et 2 canadiens. Nanortalik est définitivement the place to be.

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Le lendemain, on fait connaissance de nos voisins canadiens qui, miracle, ont des enfants à bord entre 4 et 10 ans. Oleo se déplace à côté d’eux, sur le quai des pêcheurs, pour s’abriter des 45 noeuds de vent prévus et prendre l’apéro à bord de Water Dogs. On n’avait jamais bu du Mouton Cadet dans des mugs mais la soirée est ponctuée de rires. Ils font de gros efforts pour parler doucement ce qui nous permet de pratiquer notre anglais et de passer un excellent moment.

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Le jour suivant, nous observons le ciel avec circonspection. Le vent annoncé n’est pas là. A sa place, une chaleur lourde et menaçante, des moustiques gros comme des mouches et l’odeur envahissante de l’usine à poissons. On a envie de fuir. Ce qu’on fait dans l’après-midi, rapidement devancés par les canadiens qui, décidément, vont plus vite que nous. On se retrouve peu après dans le magnifique mouillage de Igdlukasik (ne me demandez pas comment ça se prononce…) en compagnie d’un voilier français, Peregrina.

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Au réveil, le soleil éclaire les montagnes abruptes qui entourent la baie. C’est extraordinaire. Nous sommes réellement dans un des plus beaux endroits du monde et peut-être le plus exceptionnel de notre voyage. Les uns sortent les kayaks, les autres, les annexes, on file se promener malgré les moustiques qui nous tournent autour. Puis, un à un, nous quittons la place, Peregrina pour un spot d’alpinisme et nous autres pour un nouveau mouillage encore plus splendide que le précédent, à Pakitsarssuaq.

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Voyager en flotille n’est pas toujours simple. Il faut se concerter, vérifier que personne ne se sent lésé. Si le vent change ou l’humeur, se concerter de nouveau. Être sociable, ponctuel. Parler à la radio en anglais. Garder le bateau propre, les enfants polis. Mine de rien, c’est un effort. Or, nous sommes épuisés, irritables, énervés. Je ne sais pas si c’est le contre-coup du voyage, un manque de vitamines ou quoique ce soit d’autre. Nous dormons nos 8 heures, mais nous n’en pouvons plus. Naviguer avec les enfants nous semble, ces derniers jours, insurmontable.

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Néanmoins, la flottille a beaucoup d’autres avantages : le plaisir de boire un verre tous ensemble, les conseils, le partage d’informations, le soutien moral et la sécurité. Nos voisins sont médecins et en plus, ils ont une arme, c’est un argument. Avec les ours, ça rassure. Soit dit en passant, on n’en a pas encore vu un seul. Les phoques, eux, viennent nous saluer.

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Notre navigation suivante nous emmène admirer un glacier de près. De très près même. Guillaume descend l’annexe pour faire un tour et prendre des photos pendant que je manoeuvre le bateau. Le soir, on retrouve nos amis à Kangikitsoq, trop tard malheureusement pour dîner avec eux. Ils nous font passer un plat d’agneau du Groenland accompagné de légumes et d’un pain maison, un régal.

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On partage ensuite une bouteille de Madère avec eux à bord d’Oleo en regardant la lune se lever au dessus des montagnes. La lumière du soir est tout simplement magique. Un petit iceberg se retourne sous nos yeux, on est au paradis.

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Au matin, Oleo part en avance dans le Prince Christian Sound, une longue journée au moteur en perspective. Guillaume en profite pour explorer en annexe pendant que je reste aux commandes le temps de la sieste des filles. On passe dans des zones parsemées d’icebergs et de growlers. Tout va bien jusqu’à ce que l’annexe tombe en panne sèche. Je file récupérer mon capitaine perdu dans son frêle esquif au milieu du fjord.

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Nous arrivons à l’heure du dîner à la station météo de Ikerasassuaq, à l’entrée Est du Prince Christian Sound. Le vent a fraîchit et des nappes de brouillards baignent la côte. Le petit quai est un peu juste pour trois bateaux dont un catamaran. Oleo n’a pas beaucoup d’eau sous les quilles, espérons que ça passe à marée basse.

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Bon, ça ne passe pas. On touche à plusieurs reprises. Il est minuit, puis une heure, on finit par s’endormir quand la marée remonte. Le matin, expédition à la station météo déserte où nous profitons de la vue spectaculaire et du wifi. Il faut les mériter, il y a plusieurs centaines de marches à monter… Pendant que certains pianotent sur leur clavier, les enfants jouent à chat près de l’héliport, Gavin monte la garde avec son fusil, on ne sait jamais.

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Pour quitter la place, c’est tout une manoeuvre. L’endroit est très étroit, Oleo est retenu entre les rochers et le quai par un bonne dizaine d’amarres. Il nous faut une heure pour détacher le bateau, le hâler à l’emplacement quitté par Water Dogs puis prendre la direction de la côte Est du Groenland.

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