La côte Est du Groenland

Nous bénéficions d’un temps pour le moins exceptionnel depuis notre arrivée au Groenland. Il fait la plupart du temps grand soleil et chaud. Enfin, chaud, ça veut dire entre 5 et 10° à l’ombre et 15 et 18° au soleil. Pas si mal quand on oublie que c’est l’été. Le poêle est souvent éteint. On supporte sans problème les levers avec 11° dans le bateau.

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Chaque jour, la flotille change de mouillage. Les navigations se font au moteur. Le vent est presque nul. Certains passages sont difficiles, la cartographie approximative, les fonds très variables. Des icebergs et growlers parsèment notre chemin. A l’approche des abris, les bateaux avancent lentement, un équipier à l’avant. Le sonar d’Oleo trouve toute son utilité.

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Le mouillage sud-est de Kuugarmiut est un lac. Optimists et kayaks sont de sortis (eh oui, y a de la place pour tout ça dans les grands bateaux…). La baie prend des allures de club de voile. Charlie fait son baptême avec Gabe (8 ans) à la barre, elle adore. Il fait tellement beau qu’on en profite pour faire la lessive. Water Dogs dispose d’une machine, il vient prendre le linge d’Oleo et, peu après, le ramène propre. Laver les habits dans ces conditions est un plaisir !

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Chaque jour, ou presque, les bateaux échangent des douceurs. Une tarte au citron de Blue Hour, des croquettes chocolat-noix de coco de Water Dogs, des crêpes d’Oleo, du brownie chocolat-cerise de nouveau par Blue Hour, etc. Qu’allons-nous pouvoir faire la prochaine fois ? Lauren et Brandy nous apportent même un sac de délicieuses moules récoltées à marée basse sur les rochers.

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On s’inquiète tout de même de nos réserves de diesel. Les navigations exclusivement au moteur consomment énormément et il nous reste du chemin à parcourir avant d’atteindre Tasiilaq où nous pourrons ravitailler. Notre volvo a des soucis. Il use plus de gasoil que d’habitude.

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Peregrina, le voilier français, va piquer directement sur l’Irlande demain. C’est toujours une option pour nous, si nous constations que nous sommes trop juste en fuel. J’avoue envisager cette idée avec peu d’enthousiasme, il y a une douzaine de jours de traversée et je suis fatiguée des longs trajets.

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Dans le mouillage de Kangerdlorajik, le vent souffle. On reste à l’ancre pour la journée. Les enfants vont faire de la luge-kayak sur les plaques de neige, toujours un fusil alentours. Cette nuit, Guillaume a entendu des bruits dans l’eau près du bateau : un ours, des phoques ?

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Le Groenland devrait être indiqué dans le rayon des régimes minceur express. Nous avons perdu chacun 5 kg depuis le Canada malgré une alimentation forte en calories. Ce qui est une excellente nouvelle pour moi ne l’est pas pour Guillaume, il va finir par disparaître. Heureusement pour les petites, si elles ne prospèrent pas, elles ne maigrissent pas non plus.

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Ce qui est définitivement le plus pénible ici, ce sont les moustiques. Parfois, les nuées sont tellement denses qu’on reste cloîtrés dans les bateaux. Les baleines aussi peuvent être un problème. En sortant de Lindenow Fjord, Oleo en manque une de justesse.

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Il n’y a plus de noir. Nous naviguons toute une nuit vers le nord. Le soleil se couche derrière les montagnes vers 22h, mais la nuit ne vient pas. A minuit, l’heure la plus sombre, il y a comme une aurore à l’horizon. A 3h, le soleil se lève. On fait plusieurs départs à l’aube pour avancer. Le jour se lève définitivement trop tôt à mon goût.

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A partir de Qutdleq et jusqu’à Kasanartok Havn, l’endroit n’est pas cartographié. On explore prudemment, Oleo et son sonar en tête de flotille. Slalom entre les hauts-fonds et les icebergs avant de mouiller dans une baie. Il y a de la glace un peu partout autour de nous. Plus nous avançons au nord, plus le paysage se fait blanc.

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Les trois bateaux sont à couple, bord contre bord. Le soir, on boit du rhum, du thé ou du vin (une des dernières bouteilles d’Oleo) tout en devisant. Au cours de la soirée, on sort plusieurs fois repousser avec des perches ou l’annexe des growlers trop collants.

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Par ici, la chaîne alimentaire est assez perturbée, la faute à qui ? Les hommes ont exterminé toutes les morues. Il semble que les phoques de cette région suivent le même chemin. Les ours n’ont donc plus rien à bouffer. Apparemment, ils nous trouveraient tout à fait comestibles si nous nous laissions attraper. C’est le pourquoi du fusil.

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Saviez-vous que les icebergs explosent ? Ils produisent à longueur de journée des grondements comme le tonnerre, des claquements comme le fouet. Parfois, on en voit un morceau se détacher et tomber à la mer, une faille se dessiner et s’ouvrir, mais le plus souvent, c’est une explosion intérieure. On se croirait sur un champ de bataille. Ah, le Groenland, sa nature sauvage.

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Deux jours à avancer coûte que coûte au nord. « Slowleo » est bon dernier. Nous arrivons généralement au mouillage bien après nos amis canadiens. En cause, la taille d’Oleo, le moteur un peu défaillant, l’état de la carène et le fort courant qui descend la côte Est du Groenland. Faute de vent favorable, nous nous traînons en moyenne à 4 noeuds. Ce soir, Gavin et sa fille Lauren nous apportent des ti-punch d’accueil à l’arrivée, on est crevés.

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On aurait bien aimé se reposer un peu, mais demain, il y a un souffle de vent de sud-est. Rare par ici ou le vent de nord-est domine. On file sur Tasiilaq dès le petit jour. A midi, on traverse 4 milles de glace dense et d’icebergs, bien contents d’avoir un bateau en alu. A 16h, le brouillard nous rattrape. On stoppe le moteur pour avancer à la voile, 2,5 noeuds, ce n’est pas fameux, mais on économise du fuel et l’allure est plus confortable avec la houle.

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Aperçu de notre régime groenlandais : café ou chocolat avec des toasts au beurre le matin, soupe et croûtons aux fines herbes à 10h, salade de pommes de terre, betteraves et oeufs à midi avec des pêches au sirop et une barre de chocolat, boisson chaude et banane au goûter, cassoulet et vin chaud au dîner pour faire léger ! Et on maigrit, si, si…

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On croise de près beaucoup de baleines dans le coin, on adore. Sauf Guillaume qui n’aime pas trop se retrouver au milieu d’une dizaine de ces bêtes à quelques mètres d’Oleo. De temps en temps, on sursaute lorsque l’une d’elles crache ses fumerolles près de nous.

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Tasiilaq se rapproche. Avec un peu de chance (et de fuel) on devrait atteindre le village cette nuit à l’issue de 45 heures de navigation. Dans l’ensemble, la mer n’est pas désagréable, il ne fait pas trop froid (9-10°) et il n’y a vraiment personne, ni pêcheurs, ni bateau. Malgré tout, on tourne un peu en rond, vivement l’arrivée.

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Oleo s’amarre à minuit au dock de Tasiilaq. On est crevé (c’est récurrent). Le lendemain, opération courses de frais et fuel. L’ambiance au village est spéciale. A 8h le matin, certains boivent dans les rues, des enfants fument. Il semble qu’il y ait un réel antagonisme entre Danois et Groenlandais dans cette région.

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Dans la baie, il y a un énorme bateau militaire. Nous sommes ici incognito car à Nanortalik, on nous a dit qu’il n’y avait aucune formalité à accomplir. Cependant, d’autres équipages ont eu d’autres informations. Apparemment, quand on arrive à Tasiilaq, on doit faire clearance puis avertir les gardes-côtes de chaque mouvement du bateau. Deux jours sans nouvelles, les gardes-côtes partent à votre recherche. La navigation au Groenland peut être dangereuse, on a tendance à l’oublier quand il fait si beau.

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A peine le temps de souffler qu’on repart pour deux longues journées de navigation entrecoupées de mouillages. La traversée vers l’Islande se profile. Ces derniers jours au Groenland ne sont pas de tout repos. 14 mois de navigation sans interruption commencent à peser. Vous allez rire, on a besoin de vacances. Cette région est réellement magnifique et on aimerait y revenir. Mais, définitivement, elle n’est pas faite pour les petits.

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Les courts passages à terre sous la menace des ours, la côte peu hospitalière, le confinement dans l’espace réduit du bateau et les longues journées de navigation au moteur, c’est trop. Les filles sont de mauvaise humeur, nous aussi. Nous vivons des moments fabuleux mais aussi l’enfer quand les bêtises s’enchaînent.

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Dernier repas tous ensemble sur Blue Hour, 14 autour de la table (dîner à l’heure canadienne, 17h30 !). Beaucoup de rires. Les au revoirs ont quelque chose de tristes. Nous avons vécu tant de bons moments avec eux. Mais c’est l’heure de partir vers l’Islande.

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Pourrons-nous souffler à Reykjavik ? Le temps du retour en France approche. J’envisage de prendre l’avion en Islande avec les petites pour préparer notre réinstallation pendant que Guillaume ramènerait Oleo sur nos côtes. Nous devons trouver une maison, une école, une nounou pour la rentrée. Affaire à suivre.

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20 réflexions au sujet de « La côte Est du Groenland »

  1. Michele

    Bravo pour cette expédition.
    Vivement un peu de repos bien mérité.
    D’après les photos, vous avez tous une très bonne mine.

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    1. Guillaume

      Bonjour Michèle, oui nous avons plutôt bonne mine et nous nous portons bien. A Reykjavik on retourne à la civilisation, ses commodités mais aussi ses inconvénients (administration, travaux d’entretien à réaliser, etc.).

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    1. Guillaume

      Merci. On se dispute un peu sur les photos avec Anso… j’aime pas trop mélanger les photos conçues pour être admirées et celles qui ont une valeur « souvenir » avec des gens et des paysages comportant trop d’information visuelle. Quand au texte, c’est du Anso ;). Bises à la famille

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  2. Régis

    Bientôt fini, le voyage ? C’est dommage, je me régalais des splendeurs glacées à la chaleur du climat Portugais.
    Ben, moi aussi je ne vais pas tarder à rentrer à Carentan. Je suis dans la lagune d’Aveiro et j’attends une fenêtre pour remonter.
    Retournerez-vous à Carentan ou choissirez-vous un autre port ?
    Grosses bises à vous quatre !
    Régis

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    1. Guillaume

      Bonne nav à Jaoul ! Oui nous rentrons malheureusement, nous serions bien resté plus longtemps mais il faut bien partir avant que les dépressions ne deviennent trop problématiques. D’autant plus que Oleo nécessite un bon carénage et une bonne révision. On ne sait pas trop encore où atterrir, dans un premier temps à Brest par facilité, puis notre aménagement à terre nous dira où nous nous dirigerons. Bises à toi, à Armelle et à tous ceux qui t’accompagnent

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  3. Catherine P.

    On apprécie beaucoup le mixte des 2 : photos artistiques et photos souvenirs …c est très agréable à regarder comme ça.
    Les photos de baleines sont vraiment impressionnantes !
    Les petites ont l’air bien heureuses de jouer dans la neige…
    L’Islande est un pays nordique, il fait sûrement encore froid?
    Bises affectueuses à vous 4 !

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    1. Guillaume

      Il fait beaucoup moins froid en Islande, le chauffage ne sert plus à rien. Les petites adorent la neige et effectivement les baleines c’est impressionnant. Bises et à bientôt !

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  4. Anne

    Passionnant récit qui nous donnerait presque envie d’aller à la rencontre des ours polaires… je trouve également le choix des photos paysage /souvenir tres équilibré ! Les paysages sont exceptionnels et les filles mignonnes à croquer ! Profitez de l’Islande, on vous attend avec impatience en France 🙂

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    1. Guillaume

      Merci Anne. Malheureusement pas d’ours polaire lors de notre séjour au Groenland, il faisait trop chaud pour eux de toute façon. On a hâte de venir vous voir !

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  5. Mathilde

    Merci Anne-So pr ces écrits passionnants et ces magnifiques photos de paysages et de vous. Bon courage pr le retour en France et ds tes diverses démarches.
    A bientôt

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    1. Guillaume

      Ah les démarches !! On sent que ça va être une vraie partie de plaisir… en attendant merci de nous suivre avec assiduité et d’apprécier les articles d’Anso, oui j’aime aussi sa manière de raconter. A bientôt !

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  6. Siminoé

    Fantastiques images, merci de nous faire partager ces moments … même si on imagine la dureté de la vie à bord par moments, c’est extraordinaire, bravo à toute la famille !!

    Bises

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    1. Anso Auteur de l’article

      Merci beaucoup ! C’est vrai que ce n’est pas tous les jours faciles, mais la récompense est là, tout autour de nous, dans le paysage qui nous entoure.
      Nous avons vu que Siminoé est arrivé en France après une belle dernière ligne droite sur la Bretagne. On rêve d’aller aussi vite que vous ! Notre retour risque de prendre encore un peu de temps. De mauvaises météos nous coincent en Islande ces derniers jours. On ne s’en plaint pas tant que çà 😉

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  7. juliette BARBEROT

    bonjour l’équipage, quels magnifiques paysages! merci pour tous ces articles et photos qu’il est très agréable de lire et regarder. sommes à l’Ile de Ré. bonne fin de périple. je vous embrasse

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    1. Anso

      Bonjour Juliette ! Profite bien de tes vacances. J’ai toujours beaucoup aimé l’île de Ré où j’ai d’excellents souvenirs de vacances dans la maison familiale. Pendant tout notre voyage, dès que je sentais l’odeur des résineux, je pensais au jardin de l’île de Ré où nous ramassions les pommes de pin pour manger les pignons et les faire brûler dans la cheminée. Biz, Anso

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  8. Tsaelou

    Fabuleuse aventure que cette balade dans le Groenland j’imagine bien que ce ne soit effectivement pas de tout repos. Vous allez vous avez l’air d’avoir bien profité dommage que ce soit si compliqué avec les pépettes bon retour en France et au plaisir de vous revoir parmi nous.
    Félicitations pour votre courage à être monté si haut.
    De notre côté nous sommes rentré fin juin Tsaelou est déjà reparti pour de nouvelles aventures avec une autre famille saudade…

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  9. Anso Auteur de l’article

    Merci ! On profite à fond de nos dernières semaines de voyage dans ces contrées magnifiques. La fatigue s’installe un peu, mais le mauvais temps nous oblige à une escale forcée en Islande pour récupérer. Grâce à elle, nous découvrons un peu cet endroit magnifique malgré les touristes ;-).
    On a vu que Tsaelou était bien rentré en France. La réinstallation ne doit pas être de tout repos aussi ! Nous commençons à y songer et appréhendons un peu. J’espère que tout se passe bien pour vous.

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