Oleo au Labrador

Oleo quitte Mary’s Harbour pour s’avancer un peu. Déçu de n’avoir rencontré personne et sans avoir réussi à compléter le plein de gasoil. On file vers St Lewis, un saut de puce. A l’arrivée, mauvaise surprise, pas de gasoil, pas de wifi, mais au contraire, des moustiques gros comme une phalange.

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On décide de repartir aussitôt. Les villages par ici semblent déserts. On voit bien de la fumée aux cheminées, du linge qui sèche, mais pas un chat dans les rues de terre battue ou sur les pelouses. Les gens ne se déplacent qu’en voiture. Pas évident de faire connaissance.

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La météo nous trompe. Oleo garde le vent de face pendant tout le trajet vers Williams Harbour et pourtant, on fait de l’Est, du Nord et puis de l’Ouest… La faute au relief probablement. L’humeur du capitaine s’en ressent. Heureusement, on croise sur notre route quelques beaux icebergs et beaucoup de growlers, de quoi rendre le trajet intéressant. La température, de son côté, a chuté. On est passé des 20-25° de Mary’s Harbour à 5° en navigation. Mal habillés pour ce temps, on caille.

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En fin d’après-midi, le bateau entre dans la petite baie de Williams Harbour. Le panorama est splendide. On sonde par-ci, par-là, 30 mètres de fond partout. Comment va-t-on mouiller avec les bourrasques de vent ? Décidément, cette journée va de mal en pis.

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En désespoir de cause, on s’approche du petit quai des chaluts. La place du ferry est libre, on demande à un pêcheur si on peut s’y installer pour la nuit. C’est oui. Des mains se tendent pour attraper les amarres, on nous salue chaleureusement. On est arrivé depuis à peine une heure qu’on nous apporte en cadeau de bienvenue un sac rempli de gâteaux maison et de produits de la pêche, filets de poisson, saumon naturel et fumé, crevettes, St-Jacques. Finalement, cette journée se termine mieux que bien !

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Le lendemain, on se promène dans le village. Une partie des maisons semble abandonnée, d’autres sont bien entretenues. On voit des petits carrés potager protégés par des barrières de bois, une petite église blanche en haut d’une colline, des carcasses de voitures anciennes, des scooters des neiges. Il y a des chiens qui courent sur les routes.

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Comme on ne peut pas manger tout le poisson qu’on nous a offert et que, même s’il fait froid, il ne gèle pas suffisamment pour le garder indéfiniment, on décide de faire des conserves. Il faut bien l’après-midi pour cuisiner 3 pots de poisson au naturel, 3 de cocktails de fruits de mer, 1 de saumon. Avec les bocaux de viande préparés au Canada lors d’une escale, nos provisions pour le Groenland sont parées.

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Mais quand pourrons-nous y aller ? Les prévisions météo sont très changeantes, un jour on a l’espoir de partir en fin de semaine, le lendemain ce n’est pas avant la suivante. L’attente est insupportable, anxiogène. Matin, midi et soir, on regarde les fichiers gribs qui ne nous apportent que déception.

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En attendant, on se promène sur la terre noire, épaisse, spongieuse et odorante ou les rochers à peine recouverts de lichens et de plantes rampantes. La végétation est parsemée de petites fleurs blanches et mauves entre les bouquets de sapins. On admire au loin passer les icebergs du haut des collines.

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Guillaume est en vadrouille avec les filles dans les collines lorsque les pêcheurs m’annoncent qu’un ferry va arriver dans quelques minutes. On est amarré à sa place, il faut partir… Heureusement, ils m’aident à hâler le bateau à couple d’un chalut. Guillaume aura une drôle de surprise en revenant quand il ne verra pas Oleo !

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On est le 1er juillet, fête nationale au Canada. Cliff, un des pêcheurs du coin, vient prendre le café. Une fois habitué à nos accents respectifs, on arrive presque à se comprendre. Il nous raconte le village, ses 12 habitants permanents qui se multiplient l’été avec les résidences secondaires (dans des mesures très raisonnables). Il nous parle de la pêche, nous offre des crabes fraîchement attrapés, nous invite chez lui pour une bière et une démonstration de décorticage.

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Le soir, avant de quitter ce village à l’accueil simple, chaleureux et généreux, on se prépare donc un festin de crabe. En dessert, on savoure un apple pie encore chaud offert en cadeau d’adieu.

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7 réflexions au sujet de « Oleo au Labrador »

  1. Catherine P.

    On vous souhaite beaucoup d’autres escales comme celle-ci !
    J,espère que vous trouverez du gaz oil, et que la météo va tourner au vert ….
    Ici la météo est bien changeante aussi
    Super tous ces fruits de mer ! Bravo pour les conserves !
    Gros bisous de papi et mami et des très très gros à Charlie et Axelle dont on parle quotidiennement avec les petits et grands cousins et cousines…

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    1. Guillaume

      Merci, effectivement ce fut une super escale ! Plus haut à Black Tickle on a trouvé du gasoil et tout ce qu’il faut pour être fin pret pour la transat retour. Bises à vous tous !

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  2. Bonnel

    Chère Anso,
    Un grand merci pour tes deux dernières cartes postales…. J’ai été très touchée de toutes ces attentions!!! Et oui, cela avance vite pour nous!!! Sincèrement merci….
    Martin rêve de votre périple!!! Vraiment chapeau!!
    Que les filles ont grandi!!
    Il faut qu’on prenne le temps de relire votre périple… Ces derniers mois ont été un peu la course pour nous déménagement de saint Pol à Angers, déménagement de Nantes à Angers, mariage civile…. Remplacement de papa qui lui est arrivé aux Canaries…. Très heureux de son premier mois de navigation!!!
    Bref, ca y est papa et maman (qui l’avait rejoint là-bas par avion pour deux semaines) sont rentrés, maintenant je vais pouvoir souffler jusqu’à leur prochain départ mi août….leur objectif est de caboter un peu plus encore aux Canaries… Pour traverser le bateau en janvier… Après l’arrivée du bébé…
    Demain on saura si ce sera une copine ou un copain pour Charlie et Axelle…
    On vous embrasse tous les 4
    Bonne navigation vers le Groenland!!! Les photos du Labrador sont splendides…. Les icebergs font rêver!!!

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  3. Hervé Dhalluin

    Je consulte votre blog régulièrement. Étonné des qualités maritimes qu’il démontre, je vous avais questionné il y a quelques années sur votre formation et votre expérience maritime préalable, et cela n’a fait que renforcer mon admiration. Il y a un peu plus d’un an, j’ai profité d’un passage à Carentan pour venir vous saluer. Aujourd’hui, je prend connaissance de votre projet pour le retour en Europe. Ce que vous avez déjà réalisé, ce que vous prévoyez de poursuivre, s’inscrit pour moi dans la grande tradition : Slocum, Moitessier, Damien, les Poncet, la famille Meffre… beaucoup d’abnégation, parfois des peurs et de la souffrance, que vous avez la grandeur de masquer derrière le plaisir de vivre en famille et en dehors des chemins battus. Je vous renouvelle mes remerciements en vous souhaitant bon courage et bonne chance pour ce qui pourrait être, je pense, plus difficile que ce que la plupart des terriens peuvent imaginer. Ne doutez pas que la légitime fierté que vous en retirerez marquera à jamais votre vie et celle de vos enfants, et ceci même si les conditions météorologiques devaient vous amener à préférer un chemin plus facile. Très sincèrement.

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    1. Guillaume

      Bonjour Hervé et un grand merci pour ton appréciation qui nous va droit au coeur. Nous pensons qu’il nous reste encore du chemin à faire pour avoir l’honneur d’être placés à côté des gens que tu cites, pour la plupart ils ont parcouru le monde sans GPS ni radar. En passant par des endroits comme le cap Farvel ou le Labrador nous imaginons quelle joie, mais aussi quelles difficultés et moments de solitudes ils devaient vivre dans leur coque de noix. En tout cas c’est en partie grâce à eux que des gens comme nous se lancent aujourd’hui, nous leur devont tellement ! Encore merci de faire partie de nos lecteurs réguliers et à très bientôt, en espérant pouvoir te consacrer plus de temps que la dernière fois si tu passes nous voir sur les pontons !

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  4. Philippe

    Guillaume et al,
    Je lis les commentaire se Hervé et je me dis qu’il me prends les mots de la bouche.
    Vous représentez tellement la possibilité que plusieurs n’osent même pas imaginer. Ceci étant dit, moi qui propose tout le monde de « Partir… Je me trouve bien « petit fanfaron » quand je regarde par où et pour où vous être partis. Et surtout où vous êtes rendus.

    Dans mes Conférence sur le thème : Partir, je site les Hischock, les Maté et les Pardy et autres familles qui sont parties sur de petits bateaux. Si vous permettez, je vais actualiser mes références et vous citer comme exemple de ce qu’une jeune famille peut faire que peu peuvent imaginer. Et pourtant, vous le faites avec une bonne humeur et une « apparente facilité » déconcertante.

    Je regardais les dernières photos des enfants qui marchent dans un village du Labrador, de leur maman qui mets des surplus de vivres en conserves ou qui déplace le voilier dans le port parce que le bateau de ravitaillement arrive inopportunément. Puis je me dis que vous réussissez tout cela comme si vous vous y étiez préparés dans le moindre détail.

    Puis parallèlement, je lis Hervé qui doutait de votre préparation il y a un an. Ce qui ne fait que renforcer le thème de ma conférence : « Qu’est-ce que vous attendez pour partir!?! »

    Je vous admire, je vous aime, je vous suis reconnaissant d’être là pour nous tous qui nous demandons si nous sommes finalement prêts…

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    1. Guillaume

      Merci philippe, cependant ici à Nanortalik on a tout ce qu’on veut, du wifi, des douches, du fuel, des supermarchés et des petits bars, il y a des sportifs en route et quelques touristes. Le cap Farvel fut une épreuve à l’arrivée, naviguer avec nos enfants jusqu’ici n’est pas de tout repos, mais nous prenons le temps d’attendre la bonne fenêtre et on navigue avec toutes les précautions que la modernité nous permet. On est encore loin de l’exploit (qui ne nous attire pas forcément), le capitaine cherche plutôt à assouvir son envie d’exploration en naviguant dans ces contrées quelques jours, même si ça n’a rien à voir avec les fantastiques aventures de ceux qui passent le NW ou qui hivernent ici… et que j’envie beaucoup ça va de soi ;). A suivre.

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