Kutaa (hello), bienvenue à Nanortalik

Le plaisir de se réveiller à quai après 5 jours de mer ! Sitôt levés, on part explorer le village. Avec ses maisons bariolées, ses collines de rocaille et de boutons d’or, Nanortalik explose en couleurs sur fond de montagnes noires et blanches, voilées d’écharpes de brume.

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La plupart des gens ici ont le type Inuit. Les jeunes sont branchés, certains couverts de tatouages. Quelques touristes fans d’escalade ou de kayak, des enfants partout, de la vie dans les rues. On adore.

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Pour parfaire ce tableau idyllique, il y a tout le confort « moderne » dont on a besoin : une connexion internet à la station essence, du gasoil, deux supermarchés parfaitement achalandés, une poste, un office du tourisme, un musée, des distributeurs pour retirer de l’argent, un café, etc. Nanortalik est tout de même la 10ème ville du Groenland avec ses 1 404 habitants…

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Le soleil brille dans un ciel d’azur. On est à peine en pull, certains vont bras nus. Les icebergs de la baie étincellent, la belle église de bois blanc resplendit. Les filles se balancent ou glissent sur le toboggan. On bichonne un peu le bateau qui le mérite bien après ces jours de traversée. Guillaume réinstalle le sonar pour les zones peu cartographiées et prépare un mouillage en eaux profondes.

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Notre première escale au Groenland est en tout point exceptionnelle. Elle récompense nos efforts et tout le trajet parcouru. Néanmoins, n’en déplaise à mon capitaine de mari et pour répondre à certains commentaires, le bonheur de poser le pied au Groenland se paie et se mérite.

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Mon point de vue, forcément partial, de femme et de maman, doit souligner les désagréments subis lorsqu’on navigue dans des zones froides peu fréquentées pour un tableau plus contrasté.

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Tout d’abord, l’hygiène. Il fut un temps où on pouvait sauter à l’eau à tout moment de la journée. Ce n’est plus le cas. Nous sommes environnés d’icebergs, l’eau est glaciale. Considérant nos critères européens, nous sommes donc sales. Oui. Vraiment. Je n’ose plus compter le nombre de jours sans véritable douche et c’est avec un plaisir incommensurable qu’on a usé et abusé de la salle de bain de l’hôtel de Nanortalik pour la somme de 100 couronnes (15€ environ).

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Dans le même ordre d’idée, la dernière machine à laver le linge remonte à plus d’un mois. Et même si on lave un peu à la main, je vous renvoie au paragraphe précédent : l’eau est glaciale, ça restreint d’autant plus cette corvée déjà peu appréciée. Ajoutons que le bateau n’est pas extensible, le linge est en quantité limité.

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Ensuite, le confort. Quand on navigue, on accepte de faire l’impasse sur une partie de notre confort moderne. Soit. Néanmoins, dans les régions que nous avons fréquentées ces dernières semaines, les conditions de vie dans le bateau se sont dégradées. Le froid peut être vif, surtout le matin avant d’allumer le poêle ou en navigation. Les séances d’habillage et de déshabillage des petites sont pénibles, surtout avec Axelle qui porte encore des couches.

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La condensation à l’intérieur d’Oleo est parfois importante au point de tremper le sol. Il faut essuyer l’humidité qui perle. Les torchons mouillés, les gants, les chaussettes sèchent près du poêle sur un étendage de fortune au plafond qui nous balaie la tête lorsqu’on passe. La vaisselle aussi devient une épreuve avec de l’eau si froide.

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Il y a aussi le manque de liens. On croise très peu de voiliers. Les villages sont rares et les habitants encore plus. Par conséquent, on éprouve des difficultés pour trouver une connexion internet et souvent il n’y a pas de réseau téléphone non plus. On ne peut plus communiquer comme on le souhaiterait avec la famille ou les amis. On se sent un peu isolés.

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Enfin, le mauvais temps, la pluie, le brouillard, plus fréquents que les beaux jours, rendent les navigations régulièrement inconfortables et les journées à terre moins agréables. Les petites sont plus souvent confinées à l’intérieur ce qui nécessite de leur trouver des occupations. Le peu d’espace disponible doit être partagé et notre patience est souvent mise à rude épreuve.

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Ne dramatisons pas. On s’y fait. Il faut prévoir un temps d’adaptation puis ce qui semblait exceptionnel devient simplement habituel. On apprécie d’autant plus le luxe d’avoir chaud, le privilège d’une douche avec de l’eau douce à volonté, le bonheur d’un rayon de soleil, le goût des légumes frais, la saveur des fruits, le miracle d’internet ou du téléphone.

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Alors, avis aux amateurs : on dit souvent que la gratification est d’autant plus importante que les efforts à faire sont élevés. Dans le cas présent, j’aurai tendance à acquiescer.

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14 réflexions au sujet de « Kutaa (hello), bienvenue à Nanortalik »

  1. Nola

    Merci pour ces belles photos car je n’imaginais pas le Groenland en dehors de la glace et du blanc ! C’est bien plus varié et beau ! Quelle joie aussi pour les petites de trouver un village avec des jeux et des enfants ! En espérant que le beau temps va continuer de vous réjouir la vie quotidienne… bonne continuation. Nola.

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    1. Guillaume

      Bonjour Nola ! Cette année est particulièrement chaude pour le Groenland, il paraît que même la côte Est est libre de glaces. La côte Ouest est très verte, il y a une multitude de plantes et quand le soleil brille c’est très agréable. Bises de nous tous depuis ce merveilleux pays.

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    1. Guillaume

      Oui on partage aujourd’hui avec quelques difficultés car internet est rare dans ces contrées. Merci de nous lire et à très bientôt.

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  2. BONNIN

    Vous faites un voyage surprenant!
    Je vous souhaite un beau séjour groenlandais; vous avez à Ipiutaq une ferme auberge, Qaqortoq est aussi à voir; les mouillages sont contraignants mais les paysages magnifiques et la population étonnante.
    « Seuls le temps et la glace sont maîtres »…
    Au plaisir de vous lire,
    Eric

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  3. Papi

    Voyage au bout de l’Atlantique ou au bout de soi-même? En tout cas ça vous forme son homme, sa femme et ses petites filles! Découverte du monde ou de son monde intérieur? en tout cas le Groenland saisit pas sa différence. Dans votre récit, il dégage une sorte de pureté. En plus comme Gwennola nous n’imaginions que du blanc…
    Nous sommes heureux pour vous, voire pour vos épreuves qui finalement grandissent, chacun, la famille.
    Papi et Mamie

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    1. Guillaume

      Oui, comme je le dirai dans un prochain article, une destination comme celle-ci est pleine d’enseignements qui enrichissent notre expérience et c’est tant mieux ! Nous en sommes ravis, ce n’est pas facile tous les jours avec nos deux enfants à gérer en même temps, mais nous profitons bien de ces moments exceptionnels.

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  4. Bruno

    J’essaie une réponse. Internet est très faible ici comme d’habitude
    je vous souhaite un bon séjour
    cela semble très beau et me fait envie
    ici à la place du calme c’est tronçonneuse perceuse tracteurs de débardage
    Biz à tous les quatre
    Bruno

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  5. Philippe Pelletier

    Ça m’a fait tellement de bien de vous revoir à terre pour un petit moment après cette traversée peu commune.

    Vous m’épatez tellement toutes les quatre!

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    1. Guillaume

      Merci Philippe, on te souhaite plein de succès pour ton guide et tes conférences depuis la station météo du sound du Prince Christian.

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