L’avitaillement, ou l’art de faire les courses pour longtemps

Des informations sur l’avitaillement, il y en a plein sur internet. On trouve des listes et des listes de courses à faire, des techniques pour calculer les quantités en fonction de la composition de l’équipage, le poids de tout ce stock, la manière de le répartir dans les coffres, les moyens de conservation des produits, etc.

Au début, sur nos premières croisières, on a essayé des trucs. On a fait des menus, des listes de courses, des tableaux excel pour noter tout l’approvisionement. On a numéroté tous les équipets, on a reporté dans les tableaux la place de chaque aliment. C’est long, très long. Et bien sûr, à chaque repas, il fallait modifier les quantités restantes dans le tableau. Fastidieux.

Depuis notre départ en ‘longue croisière’, on fait tout au pif et on n’a jamais manqué. Pourtant, on privilégie l’autonomie et l’indépendance. Faire des courses tous les 2 ou 3 jours, ce n’est pas pour nous. Alors, pour durer, il faut tout de même quelques règles de bon sens :

– prendre les produits de base en grande quantité : riz, pâtes, semoule, mélanges de céréales (type Tipiak) lentilles, pommes de terre, oignons, farine, lait en poudre, huile et oeufs ; Avec ça en stock, vous vous débrouillerez toujours.

– varier les produits pour agrémenter : épices diverses (curry, cumin, muscade, thym, herbes de provence, mélanges italien ou espagnol, sauce soja, moutarde, cornichons, etc.), lait de coco, sauce tomate, pesto, crème UHT, olives, beurre de cacahuètes, fruits secs (raisins, dattes, abricots, pruneaux, figues), oléagineux (amandes, noix, cacahuètes, noix de pécan, graines…) ;

– des conserves en grandes quantité : les fruits, légumes, viandes et poissons frais ne se conservant pas très longtemps, malgré plein de trucs et astuces pour en allonger la durée de vie, il faut des conserves si vous voulez tenir plus d’un mois en autonomie. Pensez varié et ne lésinez pas sur les légumes. Eh oui, même si vous n’êtes pas de grands adeptes, ça finit par manquer quand il n’y a pas de frais. Beaucoup de légumes en boites peuvent être mangés chauds ou froids. Salade à base de haricots verts, haricots rouges, lentilles, pois chiches, macédoines, petits-pois, etc. sont généralement tout à fait acceptables. La ratatouille peut aussi servir dans un cake salé, comme les petits-pois/carottes. Prenez aussi du jambon en boite, du corned beef si vous arrivez à l’accommoder, des gésiers en boite, du confit de canard pour les occasions, du thon, des sardines, mais aussi des pâtés et des rillettes, ça dépanne toujours pour un apéro, un pique-nique, un repas sur le pouce.

– Le must, c’est de faire ses propres conserves, notamment pour la viande. Avant le départ, nous avions préparé des pots de filet mignon, rôtis de porc aux olives, paupiettes de veau, saucisse de Toulouse, sauce bolognese et bourguignon. A la maison, avec de la place et du gaz à volonté, c’est long, mais c’est facile. En voyage, c’est nettement plus compliqué. Il faut de l’espace pour bien laver et laisser sécher les pots, stériliser les caoutchoucs, trouver des produits bien frais, avoir assez de gaz en réserve pour faire tourner la cocotte-minute plusieurs heures. Il ne faut pas non plus qu’il fasse trop chaud dehors car quand on a 35° dans le bateau, faire la cuisine relève de l’exploit. Bref, en un an, nous n’avons jamais refait de conserves…

– Quand on manque de produits frais et quand on n’a pas de frigo comme nous, les desserts posent problème. Il faut faire de bonnes provisions de compotes, de fruits au sirop (pêches, poires, abricots, cocktails de fruits, raisins, pamplemousses, etc.). Certains pays proposent une variété beaucoup plus importante de fruits en boite que la France. C’est une exception, en général, les conserves françaises sont plus variées et nettement meilleures que celles de l’étranger.

– Ne pas bouder les produits pré-fabriqués : mélange pour guacamole, pour accras, galettes de maïs, crabcake ou autre. Ils permettent de préparer rapidement des plats différents. Si on a le budget, on peut aussi acheter des riz précuits mélangés avec des lentilles, quinoa ou autres céréales. On les ajoute dans des salades de haricots par exemple pour des repas vite faits.

– Dans les pays où il fait frais où froid, manger et boire chaud est agréable. Les soupes, nouilles chinoises, le porridge, les thés, tisanes, sont les bienvenus.

– Dans les pays chauds, mieux vaut axer les réserves sur tout ce qui permet de faire des salades complètes et les jus de fruits.

– Dans tous les cas, il faut prévoir des en-cas. Chez nous, les réserves de gâteaux secs, chocolat, bonbons en tous genres sont conséquentes. Les gâteaux apéro, pistaches et cie sont aussi demandés. On embarque des réserves de pop-corn à faire sauter, ça ne prend pas de place, amuse les enfants et permet de faire des apéros, des goûters, voire des desserts pour ceux qui les aiment sucrés.

– Enfin, les crêpes, pancakes , pains et gâteaux, sont toujours mangés avec plaisir. Avec les enfants, la préparation de la pâte est une activité amusante (parfois salissante) et la chaleur du four réchauffe le bateau dans les contrées du nord. Pensez à prendre de la levure en quantité, de la noix de coco rapée, de la poudre d’amande, du chocolat pâtissier, du lait concentré sucré, de la cannelle, de la fleur d’oranger, du sucre brun, du sirop d’érable, du caramel liquide, de la confiture, du miel, etc.

– Notre seul problème, sur Oleo, c’est le petit-déjeuner. Personne à bord n’aime vraiment les céréales et je ne fais pas souvent du pain. On ne sait donc jamais quoi prendre. En général, on grignote des wasa ou des biscottes avec des vache-qui-rit (à défaut de beurre). Quand on en a, du pain de mie grillé ou non. Pas de quoi se régaler. Quand on a le temps et le courage, du porridge.

– Spécifiquement pour les petites (- de 3 ans), on a aussi en stock du lait infantile et du lait en poudre classique, du chocolat en poudre, des purées en flocon, quelques petits pots de légumes, des compotes en veux-tu, en voilà, de la bouillie de céréales bébé (hyper enrichie en vitamine, fer, etc.), des vache-qui-rit. Mais en général, on adapte les menus adultes en écrasant les légumes pour la plus jeune par exemple.

Le tout, ensuite, c’est de trouver des équipets pour tout ranger…

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4 réflexions au sujet de « L’avitaillement, ou l’art de faire les courses pour longtemps »

  1. juliette BARBEROT

    très intéressant le commentaire sur les courses. Je pense, Anne Sophie, que pour les courses en grande quantité, tu as tout de même été à très bonne école et cela peut t’aider aujourd’hui. j’étais hyper impressionnée une fois de voir ton père avec certains d’entres vous rentrer des courses : un nombre de pack de lait impressionnant, des conserves que j’avais jamais pensé à acheter type gratin dauphinois (institution dominicale pour ma mère, qu’une telle boite de conserve aurait totalement défrisée),… bon vous étiez 8 à la maison cela explique cela… mais pour moi qui vivait seule à l’époque, c’était incroyable. même si tu dis que vous faites « au pif », vous fonctionnez au bon sens et cela marche. J’ai vu Isabelle et Edith mardi dernier (enterrement de Jacques) ainsi que Laurent Bonnet et ses parents : tous sont impressionnés de votre voyage et j’ai transmis l’adresse du blog pour qu’ils puissent lire vos aventures avec autant de plaisir que j’en ai. je vous embrasse

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    1. Anso

      Tu as tout à fait raison Juliette, j’ai été à bonne école ! Je me souviens aussi d’été dans le Jura où nous étions parfois une vingtaine de jeunes et où maman faisait des courses gargantuesques… Finalement, pour 4, ce n’est pas si compliqué 😉

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  2. Jérôme

    « L’avitaillement, ou l’art de faire les courses pour longtemps » vous auriez pu rajouter « L’avitaillement, ou l’art de ranger dans un 33 pieds les courses pour longtemps » …. Je vous suis depuis le début et suis très admiratif de votre grande balade nautique.

    Stocker des vivres pour 4 pour X semaines n’est pas une mince affaire.

    Bon courage pour la suite avec de belles rencontres au Groenland pour vous et vos 2 enfants
    Jérôme

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    1. Anso

      Bonjour et merci pour ce commentaire ! Le plus dur, c’est effectivement de tout ranger. L’avitaillement prend une place folle et les poids à équilibrer sont un véritable casse-tête. Mais enfin, on y arrive même si on finit par mettre de la nourriture ou de l’eau aux endroits les plus inattendus. Parfois, on retrouve des choses des mois plus tard…
      Anso et Cie

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