Les îles Selvagens

Petit retour en arrière. Nous avons omis dans nos précédents écrits ces petites îles situées entre les archipels de Madère et des Canaries afin de leur dédier un article. C’est maintenant chose faite.

Pas facile d’aller sur cette terre. Elle n’est pas ouverte au tourisme et il faut une autorisation spéciale pour s’y rendre en voilier ainsi qu’une fenêtre météo favorable, ce qui n’est pas toujours gagné. Cette chance nous l’avons saisie, voici en exclusivité ce que nous avons vécu !

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Nous approchons au petit matin de l’unique mouillage autorisé de « Selvagem Grande », la seule île qui peut recevoir des visiteurs avec l’autorisation obtenue à Madère. Une houle ample d’environ 2m entre dans « l’abri » pour aller s’échouer sur des rochers saillants. Un mouillage difficile sur une côte accore qui nécessite de jeter l’ancre par fond de roche d’au moins 15m de profondeur.

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Nous décidons de ne pas y passer la nuit, car il faut partir en début d’après-midi pour profiter du peu de vent qui reste avant la pétole du lendemain et de toute façon, c’est tellement rouleur qu’on se sent mieux en mer.

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Rapidement nous embarquons dans notre nouvelle annexe pour arriver sur une cale rudimentaire. Les variations du niveau d’eau dues à la houle génèrent des courants et des tourbillons, slalomer entre les roches et atterrir sur la cale sans casse demande beaucoup de concentration.

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Un des gardiens nous accueille chaleureusement, ce n’est pas tous les jours qu’une famille avec deux bébés débarque sur l’île. Il nous servira de guide car il n’est pas question de se balader seuls dans ces contrées où les oiseaux nichent à même le sol.

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La balade est tout à fait du goût de Charlie. Le sentier est bordé de petits abris qui servent de nid aux poussins cagarra. Peu habitués à la présence de l’homme, on peut les observer de près et même les prendre et les caresser.

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L’eau douce est une denrée rare sur l’île, l’unique source alimente au goutte à goutte une petite mare abritée et aménagée pour éviter l’évaporation.

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La flore se limite à quelques arbustes éparses trop secs pour servir de nourriture, heureusement la réserve naturelle que constitue l’archipel regorge de poisson.

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Arrivés en haut de l’île, nous foulons le cratère du volcan, une grande plaine circulaire que notre étroit sentier traverse et en dehors duquel nous avons ordre de ne pas marcher, car de nombreux pétrels à face blanche s’y trouvent avec leurs oeufs et leurs petits. Ils nichent dans des trous creusés dans le sol qu’on ne peut fouler sous peine de causer des dégâts.

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Notre guide nous explique les travaux qu’ils réalisent sur place : répertorier et baguer les oiseaux, observer les migrations, noter le comportement des différentes espèces, mais aussi s’occuper des travaux de construction et d’entretien de la base, la réserve d’eau, la production d’électricité, etc.

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Nous avons droit à la visite de la cuve d’eau douce, grand trou cylindrique en béton construit sur les hauteurs, alimentée par les eaux de pluie et le ravitailleur de l’armée, un ouvrage qu’il faut nettoyer tous les ans. Au pied du bâtiment qui sert de base, les matériaux nécessaires au remplacement d’une toiture sont prêts, il ne reste plus qu’à effectuer les travaux.

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Notre tour de l’île arrive à sa fin, nous descendons une pente abrupte bordée de petits abris dans lesquels de petits yeux interrogateurs nous observent. Nous passons devant la maison de Paul Alexander Zino, le seul habitant de l’île et pour cause, c’est à ce médecin de Madère que ce petit archipel doit son statut de réserve naturelle depuis les années 1970.

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Je m’aperçois avec horreur que la mer a atteint l’annexe, qui se fait allègrement bousculer par la houle. Encore une fois je me dis que j’aurais dû vérifier moi-même l’évolution de la marée.

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Nous hissons rapidement l’embarcation en lieu sûr, notre hôte nous offre une bière fraîche et un sirop de grenadine pour Charlie, gratuitement il y tient, après nous avoir consacré toute la matinée à la visite de l’île, la classe ! Être reçu comme tel me plaît, nous sommes loin des circuits commerciaux brassant des milliers de touristes, c’est agréable.

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Il faut revenir au bateau et ce n’est pas gagné. La cale subit le va-et-viens de la houle, l’eau monte et descend, les courants se rencontrent formant des tourbillons, la mise à l’eau va être sportive ! On embarque tout le monde dans l’annexe à sec, je pousse l’embarcation qui roule sur la cale avec ses roues jusqu’à l’eau, puis me précipite dedans tandis que notre guide continue de pousser. Une vague nous happe. Je me jette sur le moteur et miracle, il démarre du premier coup ! De nombreuses accélérations seront nécessaires pour contrer les courants et éviter les rochers, nous finissons par sortir du bouillon pour rejoindre la houle ample de notre mouillage, je peux enfin souffler, nous sommes sortis d’affaire !

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Arrivés au bateau, nous sommes enchantés par notre petite aventure sur ces îles exceptionnelles où vivent des oiseaux dont la survie dépend du micro-climat et de l’éloignement de cette terre épargnée par la présence de l’homme. Nul doute que des passionnés d’ornithologie seraient au moins aussi ravis que nous de vivre une telle escale.

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Nous sommes à présent au bateau et contre toute attente notre plus grosse frayeur est encore à venir. Après avoir démarré le moteur nous remontons le mouillage. Pas de chance, ça bloque. Ce problème ne serait pas trop grave s’il n’y avait pas la houle, car quand le guindeau ramène de la chaîne dans les creux, notre voilier enfonce dangereusement son étrave dans l’eau au passage des vagues. J’ose à peine imaginer la force colossale qui doit s’exercer sur la chaîne et le guindeau, j’ai mal pour le matériel !

Au moteur nous tentons de ramener le mouillage en allant dans un sens puis dans l’autre. C’est finalement en tirant sur le bout de l’orin que nous débloquons notre ancre qui s’en sort avec une verge légèrement tordue. Le fond de la baie est composé de plaques de roches entre lesquelles les ancres et les chaînes peuvent facilement se coincer. La prochaine fois je pense que je poserai l’ancre sans la crocher et bien entendu je remettrai mon orin, indispensable dans ce genre de configuration.

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13 réflexions au sujet de « Les îles Selvagens »

  1. juliette BARBEROT

    merci pour cette belle découverte ! On doit se sentir privilégier de découvrir des endroits protégés. je vous aussi sur les photos que vous avez pris de belles couleurs du soleil, profitez en car ici nous entrons dans l’hiver. Je n’oublie pas Anne Sophie et je lui souhaite un très bon anniversaire. Bisous à tous

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    1. Guillaume Auteur de l’article

      Merci Juliette, je vois que tu es une de nos lectrices les plus assidues ! Ce fut effectivement une très belle escale que nous ne retrettons pas, il y en aura très certainement d’autres ! Bientôt un petit reportage sur Santo Antao au Cap Vert, une île exceptionnelle et bien plus accessible cette fois-ci.

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  2. Eric

    Bonjour les amis. C’est toujours un plaisir que de lire assidûment les récits de votre voyage. C’est mon premier message depuis que vous êtes partis. Je m’en veux un peu de ne pas vous avoir salué plus tôt.
    Quelle aventure ! C’est bientôt la grande traversée ?

    Bons vents,
    Eric

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    1. Guillaume Auteur de l’article

      Salut Eric ! Nous nous doutons que tu passes régulièrement sur le blog, nous en profitons pour tous te saluer, même les petites. En espérant que ces récits te donnent pourquoi pas quelques idées d’évation. Ici au Cap Vert, entre Sao Nicolao et Santo Antao les îles sont montagneuses, magnifiques et parcourues par des alizés réguliers, il y a certainement de magnifiques spots de parapente. A très bientôt !

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  3. Catherine P.

    Merveilleuse visite par vous interposés et plaisir de vous voir vivre des aventures extraordinaires. !
    Superbes photos aussi !
    Bises à vous 4 et spécialement à Charlie et Axelle de la part de papi mamie !

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  4. Mathilde

    Merci pr ces reportages photos que je lis toujours avec grand plaisir.
    Bises à tous les quatre, et plus spécialement aujourd’hui à toi Anne-Sophie !
    Mathilde

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    1. Guillaume Auteur de l’article

      Merci Mathilde pour ton assiduité et l’anniv. d’Anso, nous avons fêté ça avec nos bato-copain, elle était très heureuse. Difficile de souffler les bougies quand le vent s’en mêle !

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  5. Nola

    bonjour à chacun et merci pour ce beau voyage en photos… le métier semble rentrer à force de résoudre chaque péripétie qui fait parfois un peu frémir a posteriori ! c’est en tout cas un vrai plus que d’avoir ces bouts de reportage. Bonne navigation à tous. Nola.

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    1. Guillaume Auteur de l’article

      Salut Nola. En effet ça fait un peu frémir à postériori, surtout quand on voit en vidéo l’endroit où nous avons débarqué… mais sur le moment, dans le feu de l’action nous sommes suffisament concentrés et coordonnés pour que tout se passe bien. Ces expériences cumulées sont très utiles pour rendre nos navigations et nos escales plus sûres. Merci et grosses bises de nous 4.

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