La sécurité en mer

Ce long article propose, outre une revue des équipements dont dispose Oleo, un ensemble d’informations pour mieux apprécier la notion de sécurité en mer. Car il existe souvent un décalage entre ce que l’on croit et la réalité.

Un voyage en voilier couvre de nombreux domaines entre le bateau, la navigation, la vie en autonomie, la santé de l’équipage et les zones géographiques fréquentées. Pour chacun d’eux nous pouvons considérer ce qu’il faut prévoir, savoir et emporter afin de garantir notre sécurité.

La prévention des collisions

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Depuis la terre, le danger apparent est la haute mer et son éloignement de toute possibilité de secours. Le danger réel se situe pourtant près des côtes : les récifs, les autres bateaux, les casiers et objets dérivants ne sont pas moins dangereux qu’un coup de vent au large.

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Le plus important est d’éviter les collisions. Pour cela, une veille attentive et permanente reste nécessaire (et obligatoire). Sur Oleo cette surveillance est secondée par des équipements, tels que le transpondeur AIS (qui émet sous forme d’ondes radio l’identité, la position, la direction et la vitesse du navire), un radar (surtout utile par faible visibilité : brouillard, nuit noire), un détecteur de radar (qui sonne quand il détecte un navire avec radar) ; et même des caméras de veille type « caméra de recul ».

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Le transpondeur AIS est ce qui sert le plus dans la mesure où de nombreux navires en ont un. Il permet d’être vu par presque tout le monde et de voir presque tout le monde sur la cartographie électronique.

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Il y a aussi les petits équipements, tels que le réflecteur radar, les feux de navigation en haut du mât (ça ce voit mieux à cet endroit là), avec des feux de secours au cas où, un avertisseur sonore pour signaler la position dans le brouillard, etc.

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Il reste le cas particulier d’un objet flottant indétectable, tel un container à la dérive qu’il serait difficile d’éviter de nuit. Dans ce cas, la solidité du bateau est un critère important. Grâce à sa coque en aluminium épais, Oleo est aussi dur que l’acier. De plus, rappelons que la vitesse d’un voilier est au maximum celle d’un bon vélo, ce qui limite la force d’un éventuel impact.

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Dans le cas improbable où une voie d’eau serait ouverte, nous avons à disposition une pâte spéciale de rebouchage, des objets pour colmater, des pinoches en bois et assez de résine epoxy (pâte bi-composant qui durcit sous l’eau) pour colmater la plupart des failles.

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Pour finir sur les abordages, le principal danger est bien entendu la côte et les récifs. En mer, savoir où on se trouve à tout moment est primordial. De nos jours le système GPS est très fiable. Il permet de connaître notre position en temps réel, que l’on peut afficher sur les cartographies électronique.

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Il y a peut-être une dizaine de puces GPS sur Oleo entre les ordinateurs, tablettes, VHF, Iridium, etc. ainsi que deux types de cartographies différentes. Comme solutions parallèles, le compas, la documentation (liste des amers, marées et courants, etc.) et la cartographie papier peuvent prendre le relais.

Gestion des avaries

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En mer, un problème peut avoir trois niveaux de criticité : « sécurité » pour les avertissements et soucis mineurs (présence d’un obstable dans l’eau, manoeuvrabilité réduite, etc.) ; « panne » quand ça se corse (moteur hors service, problème médical, voie d’eau, etc.) ; « mayday » quand l’équipage est en réel danger (bateau drossé à la côte ou en perdition, etc.). Bien entendu, plusieurs outils permettent de signaler et traiter ces situations.

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La VHF (radio) est l’outil de communication principal en mer. Oleo en a trois, une fixe, une mobile et une de secours. Les deux premières ont une fonction d’avertissement numérique (ASN) qui améliore la transmission des alertes. Près des côtes, le téléphone portable peut aussi servir à lancer une alerte et les secours sont aujourd’hui très réactifs.

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Il existe cependant deux situations à prendre en considération à l’avance. La première est la problématique de « l’homme à la mer ». Nous avons pour cela prévus des dispositifs d’alerte, de secours et de récupération. Les plus simples étant la perche IOR (grand baton flottant surmonté d’un pavillon et d’une lampe flash), la bouée de sauvetage, un feu à retournement et un système plus évolué pour hisser la personne tombée à l’eau (ligne de récupération).

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Dans des situations plus difficiles (nuit, mer forte, etc.), nous avons des gilets de sauvetage bien équipés et la personne de quart (ou qui manœuvre) se balade avec deux balise : une AIS et une satellite. La première lance un avertissement radio qui est immédiatement détecté par les instruments du bord d’Oleo (et de tous les bateaux aux alentours), ce système déclenche des alarmes et transmet en temps réel l’emplacement de la personne à l’eau. La deuxième balise envoie un signal satellite pour les secours extérieurs.

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La deuxième situation à prévoir, plus rare, est l’abandon du navire. Outre le matériel nécessaire (et volumineux) dédié à l’évacuation, la plupart des expériences prouvent que la première erreur consiste à quitter le navire trop tôt. Tant que le bateau flotte, il est sage de rester dessus même rempli d’eau, car il est un meilleur abri que le frèle radeau de sauvetage.

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Un radeau 6 places est posté sur la jupe d’Oleo, prêt à être mis à l’eau, ainsi que trois bidons remplis de vivres, fusées, VHF et matériel de secours. Les rangements dans de nombreuses boites hermétiques facilitent en outre le transfert des affaires du bateau au radeau. En définitive, quand on prend sa voiture il est important de tout faire pour éviter un accident grave, en bateau c’est pareil, nous faisons tout pour éviter cette situation critique.

Le temps qu’il fait

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De bonnes prévisions météo sont sans aucun doute la clé d’une totale sécurité. Si à terre on peut s’en passer, en mer il s’agit d’une information majeure car elle permet de préparer les voiles adaptées au temps, d’éviter le gros temps ou de s’y préparer à l’avance.

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Connaître la direction et la force du vent permet aussi de mieux préparer les routes et d’anticiper l’état de la mer. Oleo est aujourd’hui équipé du téléphone satellite Iridium, capable de prendre la météo n’importe où et n’importe quand, c’est un vrai confort ! Mais ce moyen étant coûteux et faillible, il existe d’autres solutions.

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A commencer par le téléphone cellulaire, le WIFI et la BLU. Nous avons à bord un smartphone, une tablette, un réseau informatique avec une antenne Wifi longue portée et deux postes BLU (un fixe, un portable) qui permettent de recevoir par radio des bulletins météo au large.

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Le plus pratique (et le moins onéreux) est le WIFI quand il y en a, car on peut télécharger de nombreux bulletins de sources différentes et croiser les informations.

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Vive l’électronique ! Car avant cela les navigateurs n’avaient que des baromètres, que nous avons aussi, manuel et électronique, pour suivre l’évolution de la météo et juger des écarts avec les prédictions. Quoi qu’il en soit, partir en sachant comment se comportent les dépressions, les anticyclones, les fronts et autres dorsales est très utile quelque soit l’outil utilisé.

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Enfin, la météo peut se tromper et le gros temps arriver quand on ne l’attend pas. Dans ce cas il faut « étaler » la tempête, soit en faisant route avec des voiles adaptées (petites et résistantes), soit à sec de toile, soit en se mettant « à la cape » (immobilisation du bateau), soit en utilisant l’ancre flottante du bord, un dispositif qui maintient le bateau face aux vagues. Cette dernière solution permet à un équipage fatigué d’aller se reposer malgré les conditions, tant qu’il y a de l’eau à courir.

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Pour assurer la sécurité de l’équipage quand le bateau bouge beaucoup, de nombreux détails doivent être prévus tels que de bonnes mains courantes (poignées et barres pour se tenir) et des protections contre les chutes (absences d’angles vifs et dispositifs anti-roulis solides). Les couchettes doivent avoir des rebords qui ne blessent pas et la couchette de quart une toile anti-roulis solide avec un dispositif pour se libérer rapidement en cas d’urgence.

Médecine à bord

« Maman, papa, BOBO ! ». Pas de problème, nous avons l’infirmerie de bord. Oleo est d’ailleurs une vraie pharmacie ambulante, avec tout ce qu’il faut pour parer à la grande majorité des problèmes médicaux : blessures en tous genres, maladies, déshydratations, mal de mer, etc. Avant de partir nous nous sommes également fait vacciner pour les zones à fréquenter. De plus, notre pays nous propose des services de consultation à distance très pratiques.

Au mouillage

« Mouiller » consiste à jeter l’ancre pour s’immobiliser quelque part, si possible dans une baie protégée de la houle. Dans ce cas, le plus important est d’avoir une bonne ligne de mouillage pour éviter de « déraper » et d’aller s’échouer sur la côte.

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Notre mouillage principal pourrait convenir à un bateau 3 ou 4 mètres plus grand qu’Oleo et son ancre est l’un des modèles les plus fiables du marché. J’en ai fait l’acquisition en début d’année pour être sûr de pouvoir dormir sur nos deux oreilles la nuit.

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En complément nous avons deux autres mouillages : un à l’arrière (l’ancien mouillage principal) et une ancre de « miséricorde », lourde et solide, qui sert à soulager l’ancre principale en cas de vent violent, ou à la remplacer si celle-ci n’est plus disponible.

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A chaque mouillage nous « oringuons » notre ancre (on attache sur cette dernière un cordage surmonté d’une petite bouée) afin de la récupérer si nous n’y arrivons pas avec la chaîne. L’orin nous a servi deux fois, la première dans un fond de roche, la deuxième pour récupérer l’ancre enfoncée dans la vase suite à un coup de vent.

Matériel utile complémentaire

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Citons les talkie-walkies, utiles pour communiquer quand l’un de nous est sur terre et l’autre sur le bateau ; de bonnes jumelles ; un sondeur électronique secondé par un sonar permettant de voir les obstacles à l’avant du bateau ; de nombreuses et solides amarres ; et j’en oublie certainement.

Assurances

Le débat pourraît être long (et je me suis déjà expliqué là dessus) mais pour résumer, j’ai choisi de prendre une assurance minimale pour le bateau (aux tiers) et une assurance complémentaire fiable pour l’équipage, incluant un rapatriement sanitaire.

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L’assurance « tous risques » bateau prévoit certes un remboursement de celui-ci en cas de perte, mais elle est très onéreuse, surtout pour un programme de navigation comme le nôtre. A tel point que je préfère consacrer les économies réalisées dans des équipements fiables, permettant à Oleo et à son équipage de naviguer en toute sécurité quelque soit la situation.

En guise de conclusion

« Si tu veux faire un vieux marin, arrondis les caps et salue les grains ». Les règles de sagesse et de bon sens surpassent tous les moyens que l’on peut se donner pour naviguer loin et longtemps. Lors de mes débuts je me suis parfois fait un peu peur mais j’en ai tiré des leçons et de l’expérience qui rendent nos navigations plus sûres. A nous les îles et la découverte du monde !

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4 réflexions au sujet de « La sécurité en mer »

  1. Jean-Paul

    Bonjour,

    Et merci pour ce partage, fruit d’une réflexion aboutie!
    Pourriez-vous indiquer ou m’envoyer la marque de l’ancre flottante que vous avez choisie? Merci, et beau voyage,
    jp

    Répondre
    1. Guillaume Auteur de l’article

      Bonjour Jean-Paul. Il s’agit de l’ancre flottante vendue chez Uship. Le tissus a l’air solide, en revanche je prévois des renforts sur les sangles. Merci pour votre passage sur le blog !

      Répondre

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