Carénage avant l’heure

Ce témoignage, un « détail » parmi l’ensemble des tâches qui incombent à l’entretien régulier d’un voilier, n’est certes pas aussi palpitant qu’une navigation dans un pays lointain. Mais il décrit une réalité que l’on se plaît à laisser de côté : acquérir un bateau et le maintenir en état de marche est un engagement complexe à assumer, une responsabilité qui, à défaut d’être partagée, n’est pas toujours estimée à sa juste valeur : énergie, temps et argent consommé en de nécessaires travaux, n’en déplaise aux activités professionnelles et familiales.

Oléo au départ à Carentan

En ce week-end du 15 septembre, mon voilier « Oléo » est heureux d’accueillir 6 personnes à son bord, quatre adultes et deux enfants, pour une balade sans prétention dans la baie de Seine. Nous nous suivons entre copains puisque Jean-François sur « Aqua-Vitae », François sur « Jonathan » et leurs co-équipiers sont eux aussi de sortie. J’aime beaucoup l’ambiance « famille » en navigation, d’autant plus que Gabrielle, Xavier et leurs enfants forment une tribu expérimentée et disponible. Nous mouillons aux îles St Marcouf pour un barbecue puis hissons les voiles sur l’île de Tatihou pour la nuit.

Oléo dans le canal avec tout le monde à bord

Un cliquetis m’interpelle quand le moteur tourne. J’enfile la combinaison et plonge voir ce qui se passe du côté de l’hélice pour m’apercevoir que les vis de fixation de l’anode du saildrive ont disparues. L’anode est toujours autour de l’arbre, pendante.

Jonathan et Aqua-Vitae devant Tatihou

Dès lundi, je sors Oléo par grand coefficient pour le poser dans la baie des Veys. Comble de malchance, je m’échoue dans une vaste flaque dont le fond est composé d’un sable très fin à la limite du mouvant. La baie et ses ramifications dégueulent sur Oléo ; à l’ancre derrière la bouée n°5 du chenal, j’ai l’impression d’avancer à 6 nœuds. Les remous générés par le bateau au moment de se poser déplacent le sable de tribord à bâbord, de telle sorte qu’Oléo se retrouve entre un trou et une colline. Le saildrive est bien entendu sous l’eau, la colline émerge à 30 cm de la ligne de flottaison mais heureusement le bateau reste droit.

Un phoque, au moment de l'échouage dans la baie

Bref, je ne tirerai rien de cette journée, une pure perte. L’attente commence, la nuit tombe, je déplace mon ancre. En 5 minutes mon environnement passe de l’immobilité totale à la violence. Le courant, qui s’est inversé, bouscule le safran. Projeté travers au flot au moment du « désensablage », Oléo entame un balai de danse classique interminable sur sa quille tribord avant d’être retenu par le mouillage avant.

Compte tenu de la force du courant, la petite ancre Spade de 8kg retiens mon embarcation de 7 tonnes avec une stupéfiante efficacité. Pour avoir une chance de la récupérer je l’ai oringuée. Mais quand on est seul à bord sans guindeau électrique, haler l’orin en plus de la chaîne dans un courant fort s’avère difficile. L’ancre s’est finalement détachée du sable sans aide extérieure, rendant l’orin inutile. Bref, je rentre totalement bredouille, dans la nuit noire, lentement et sûrement.

Même si cela me coûte du temps et de l’argent, je décide de commander une mise au sec via l’élévateur du port. Sortir à nouveau de Carentan par l’écluse pour m’échouer nécessite une utilisation intense du moteur, un risque supplémentaire qui me semble inapproprié. C’est donc sans tarder qu’Oléo se retrouve sur le terre-plein.

L'anode du saildrive

L’anode du saildrive s’est détachée sans casser et ses vis de fixation ont disparues. C’est d’autant plus étonnant qu’il est impossible qu’elles se soient dévissées toutes seules, le coupe-orin situé devant l’anode les retient prisonnières. Ai-je oublié de fixer l’anode lors du carénage en avril ? Impossible, le bruit s’est manifesté après l’Irlande et j’ai des photos détaillées de mes opérations sur l’arbre d’hélice qui prouvent que la nouvelle anode était solidement fixée.

Après avoir démonté l’hélice (opération qui dure plusieurs heures), j’enlève l’anode qui est effectivement intacte et inspecte le saildrive : aucune trace de vis cassée, le pas de vis est lui aussi intact ou presque. C’est incompréhensible. Je lime les contacts anode-saildrive au papier de verre, remonte une nouvelle anode avec de nouvelles vis plus longues, remonte l’hélice, ajoute une nouvelle anode d’hélice également.

La deuxième mauvaise surprise est un début d’attaque électrolytique. Après le passage du jet à haute pression, des creusements sont parfaitement visibles au niveau de la ligne de flottaison de part et d’autre du moteur, ainsi que sur le protège safran. Je commande du revêtement au Zinc et attends patiemment qu’il arrive. Ce problème est sûrement la conséquence de l’anode de saildrive détachée, mais ce n’est pas complètement sûr et cela me fait un peu peur. Pour limiter les risques, je décide d’installer un détecteur de fuites et un isolateur galvanique.

Toutes ces opérations deviennent un véritable chantier. Je commande les composants électroniques nécessaires à la mise en place d’un nouveau tableau électrique « maison » qui hébergera mon détecteur de fuites, puis j’usine, soude et colle tout ça à la place de l’écran du radar. Entre temps je ponce la coque en insistant à la main sur les parties attaquées. Conformément aux indications du chantier, je recouvre la coque d’une bonne couche de Zinc en insistant sur les parties sensibles, puis laisse sécher plusieurs jours à l’air libre.

Résultat des opérations : deux semaines d’immobilisation et presque autant de travail, 1000€ de frais au total et un goût d’amertume car aujourd’hui encore il reste deux inconnues : les causes des attaques d’électrolyse et de la disparition des vis de l’anode.

Aqua-Vitae

PS : pas de photo d’Oléo dans la baie des Veys ni du carénage faute d’appareil en panne, toutes mes excuses aux lecteurs qui apprécient mon blog pour ses images. La réparation est en cours.

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Une réflexion au sujet de « Carénage avant l’heure »

  1. Paul

    Dear Guillaume and Oleo,
    very sorry to read about your electrolysis problem. I hope that you have solved the mystery of how it has happened and how the screws went missing and can be peaceful with the new system. Is it important to use ‘Locktite’ on the screws for the anode? Very best wishes, Paul

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